Le projet OPEN SOURCE ENERGY : l’énergie ouverte et collaborative

English version : http://www.ouishare.net/2012/09/open-source-energy-project/

« D’un geste machinal, il jette un coup d’œil au module de contrôle. La charge est bonne et les voyants sont au vert, parfait pour passer une bonne nuit en sachant que demain matin, il y aura du courant pour faire chauffer la cafetière, griller les toasts et surtout pour la grande fiesta du soir. Il est vrai que ce vent d’ouest bien établi et la quantité d’eau qui est tombé hier soir ont permis de regonfler la réserve d’énergie. »

Nous ne sommes pas dans un roman de science fiction mais face à ce qui pourrait devenir dans un avenir proche le quotidien de monsieur tout le monde.

Notre personnage aurait pu se laisser séduire par une solution clé en main amortissable sur des décennies sans garantie de rentrer un jour dans ses frais ; le tout assorti d’un contrat de maintenance exclusif.

C’est au travers d’un courant (sans jeu de mots) plus audacieux qu’il a choisi de faire un geste pour les générations futures et surtout pour son porte monnaie : l’énergie ouverte et collaborative.

L’énergie ouverte qu’est ce que c’est ?

L’idée est simple. Aujourd’hui les solutions disponibles sur le marché des énergies renouvelables suivent toutes le modèle de l’High Tech verrouillé à l’image des produits proposés par Apple. Le solaire, l’éolien et dans une moindre mesure l’hydraulique ne sont accessibles qu’au travers de systèmes complexes et totalement opaques sur lesquels l’utilisateur n’est pas en mesure d’intervenir. Au moindre problème, il ne lui reste qu’à se soumettre au bon vouloir de son installateur.

L’énergie ouverte et collaborative n’a pas pour vocation de remplacer cette offre pléthorique de solutions génératrices d’énergies renouvelables mais bien de combler un vide.

Elle apparaît comme une alternative Low Tech où l’utilisateur redevient acteur. Depuis l’apparition de l’électricité dans les foyers, la tendance a toujours été dans le même sens, c’est-à-dire vers une centralisation sans limite de la production. Ce mouvement a donc permis à la société de passer des générateurs de hameaux aux centrales régionales actuelles en augmentant toujours la puissance unitaire des installations. L’utilisateur de cette énergie s’est vu dépossédé de tout moyen de contrôle et d’action sur cette dernière. Que reste-t-il comme moyen d’action face à un interrupteur quand de toute façon on a besoin de cette énergie?

Nourri par les idées développées par Jeremy Rifkin (Jeremy Rifkin. La Troisième Révolution industrielle. Les liens qui libèrent éditions, 2012.), le concept de l’énergie ouverte et collaborative tend à relocaliser la production des ressources dont l’homme à besoin dans un contexte géoéconomique proche de lui, à son échelle. C’est dans une optique d’autonomisation et de responsabilisation de l’utilisateur que l’énergie ouverte et collaborative se développe. In fine, l’objectif est d’aller vers de l’autoproduction accompagnée (Daniel Cérézuelle, Guy Roustang, L’autoproduction accompagnée, Un levier de changement, Éditions érés, 2010.) où une communauté permet l’évolution d’une technologie tout en assurant une aide envers les utilisateurs.

Les besoins de chacun et surtout l’implantation des bâtiments varient du tout au tout et offrent une multitude de réponses possibles pour le développement des énergies renouvelables. Alors que nous entrons dans l’ère de la complémentarité (sources, usages, fonctions…), une réponse centralisée ne saura être aussi efficace que du cas par cas. Quoi de plus abordable qu’un cas par cas monté et entretenu par l’utilisateur lui-même.

Dans l’énergie ouverte et collaborative, le modèle du vendeur d’aspirateur n’a pas sa place.

L’utilisateur est au cœur du système. Il a le droit à ce que Victor Papanek (Victor Papanek. Design for the Real World: Human Ecology and Social Change, New York, Pantheon Books, 1971.) appelle le “Manifeste des droits du consommateur”, un ensemble de règles d’or auxquelles tout produit et donc tout concepteur devrait répondre :

1 – Le droit à la sécurité, d’être protégé contre les objets dangereux ou mal conçus

2 – Le droit à l’information, pour ne pas être manipulé par une fausse information ou l’absence d’information.

3 – Le droit aux services de base, des prix justes et des choix (si un monopole existe, une qualité minimum garanti à des prix raisonnables)

4 – Le droit à la représentation (d’être consultés et de participer aux décisions qui touchent les consommateurs)

5 – Le droit d’être entendu par le biais de canaux reconnus et avoir le droit à une compensation rapide et équitable

6 – Le droit à l’éducation des consommateurs du point de vue des utilisateurs eux-mêmes

7 – Le droit à un environnement sain et sécuritaire sur lequel l’objet n’a pas d’impact négatif.

L’élaboration d’un projet doit passer par un travail collaboratif permettant le transfert à la fois des technologies libres mais aussi des connaissances et des savoir-faire nécessaires à l’autonomisation de l’utilisateur. Les technologies mises en œuvre ne sont pas dans un système figé mais restent ouvertes pour que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice en améliorant l’ensemble selon les principes de l’OPEN SOURCE déjà bien implanté dans l’informatique comme le prouve le développement de LINUX.

Pourquoi “open source” 

L’approche ouverte peut paraître paradoxale dans nos sociétés occidentales basée sur le modèle capitaliste, où tout tend à être verrouillé,  mais elle a du sens. Le travail collaboratif se pose comme une alternative à ce modèle économique en puisant sa richesse non pas du nombre de pièces vendues mais de la manière dont la relation entre l’utilisateur, le fabricant et l’objet se construit. Face aux fortes disparités de richesses, l’approche ouverte propre à l’open source permet de niveler ces différences en augmentant les possibilités d’accès à une technologie grâce à l’apport de tous. Il y aura toujours des gens dont la situation permet un engagement total mais pour les autres, pourquoi ne pas réserver une petite portion de nos idées et de notre savoir faire pour le mieux-être de l’ensemble en s’inspirant des pratiques sociales rurales d’avant la révolution industrielle. Face aux besoins, les plus et les moins favorisés peuvent œuvrer pour le mieux être de l’ensemble selon leurs propres moyens d’actions. Par la libre circulation des idées, ce n’est pas une équipe isolée qui se penche sur un problème mais une véritable intelligence collective semblable au crowd-sourcing en informatique, cette communauté générant ainsi du bien commun. L’open source apporte cette puissance de développement nécessaire dans un contexte énergétique où la réponse sera obligatoirement complexe et modulaire.

L’énergie ouverte et collaborative est également un excellent moyen de sensibilisation du grand public aux problématiques de la nécessaire mutation énergétique en rendant visible les efforts de ceux qui s’y sont investi et en prouvant que le changement par la base est possible sans pour autant avoir de gros moyens. Plus les équipements d’autonomie énergétique seront visibles plus il sera possible de démontrer au plus grand nombre qu’ils peuvent agir à leur échelle.

Le projet « OPEN SOURCE ENERGY »

L’idée fondatrice du projet OPEN SOURCE ENERGY (OSE) réside dans la réappropriation de la production d’énergie au niveau de l’individu grâce à la transformation de son environnement quotidien en une multitude de sources potentielles et complémentaires de production d’énergie.

L’approche d’OSE est basée sur la constitution d’un ensemble de modules complémentaires et interchangeables permettant une parfaite adaptation des technologies à la réalité du terrain et aux besoins de l’utilisateur. La transparence dans leur construction permet de les réparer et de les adapter facilement grâce à la mise à disposition de l’utilisateur de toutes les données dont il a besoin pour qu’il s’approprie la technologie.

Né au cœur de l’ENSCI-les Ateliers le projet a su faire son chemin dans les sphères alternatives en s’étoffant des savoirs et des expériences de nombreux acteurs.

Un premier module de production a été réalisé à partir de pièces facilement disponibles dans un design simple et fonctionnel : L’ENERCAN. Ce module générateur, premier de sa lignée, a pour mission d’assurer la transformation de l’énergie mécanique issue d’activités humaines (musculaire) ou environnementales (éolien, hydraulique…) en une énergie électrique viable et adaptable. Présente sur des évènements des communautés Open-source et DIY, l’équipe d’OSE travaille à la diffusion de ses idées pour fédérer un nombre croissant de personnes motivées par la transition énergétique.

http://opensourceenergy.files.wordpress.com/2012/06/img_3595.jpg

Une démarche de veille technologique et sociologique a également été mise en place afin d’identifier les pistes à explorer. Le rapport au passé est très important dans le projet qui, grâce à l’approche de la veille, se nourrit d’idées et de solutions oubliées ou considérées comme obsolètes pour concevoir les machines. Les besoins de notre société change à grande vitesse et recoupent parfois ceux des générations précédentes. Récolter et analyser le fruit du travail des anciens permet de remettre au goût du jour des technologies de nouveau adaptées aux problématiques actuelles mais aussi de faire émerger des outils innovants, fruits de la recombinaison des solutions du passé avec les techniques d’aujourd’hui.

Les outils conçus dans le cadre du projet OSE sont étudiés pour êtres facilement reproductibles afin d’aider à leur diffusion. Réalisables avec un outillage simple, ils sont également conçus pour tirer un réel bénéfice des moyens de productions numériques comme les imprimantes 3D (RepRap), des outils de découpes numériques ou encore des modules programmables libres (Arduino).

L’objectif est maintenant de créer et d’entretenir des liens entre des partenaires académiques comme des écoles d’ingénieurs, des structures associatives comme les hackerspaces et les fablabs afin de permettre la diffusion du premier module Enercan et la naissance de  nombreux projets innovants à partir de celui-ci et tournés vers d’autre modules de production (hydraulique, moteur stirling…).

Pour en savoir plus :
http://opensourceenergy.wordpress.com/
http://opensourceenergycommunity.org/doku.php?id=start
https://trackofthepast.wordpress.com/

English version : http://www.ouishare.net/2012/09/open-source-energy-project/

Geoffroy Lévy – Catalyseur d’innovation et techno scout – “Quand le passé nous montre le chemin de l’avenir…”

Christopher Santerre – Designer post-industriel – ENSCI-Les-Ateliers

Publicités

Le dirigeable : un exemple probant d’une recombinaison technologique ?

Le dirigeable, phénix ou dodo ? Le titre énigmatique de l’ouvrage de Robert Lockerby (1981) pose le décor de la nouvelle vague de projets lancée à la fin des trente glorieuses. A partir des années 1970, les chocs pétroliers et les prises de consciences environnementales ont permis à une technologie de sortir de son sommeil : le ballon dirigeable.

Un dirigeable qu’est ce que c’est ?

C’est avant tout un ballon, c’est-à-dire une enveloppe contenant un mélange gazeux plus léger que l’air qui l’entoure. Par la différence de densité de ce mélange, le ballon s’élève mais reste, comme une bouée, condamné à voguer au gré des courants. L’ajout d’un moteur le rend dirigeable car il peut lutter contre le vent et choisir sa direction.

Le dirigeable est né à une époque où le ballon était le seul moyen de voler. Les moteurs encore trop lourds et peu puissants ne pouvaient prendre place que dans des engins plus légers que l’air.

Il est devenu performant grâce à une innovation qui engendra son déclin. Le moteur à explosion (combustion interne), malgré les performances prometteuses de la propulsion électrique à la fin du XIXe siècle, était le seul à pouvoir fournir, sur la durée, la puissance nécessaire à ces géants du ciel. D’abord utilisé sur des ballons, ce moteur a très vite évolué vers des conceptions plus compactes, le rendant ainsi idéal pour les véhicules terrestres, marins et surtout aériens de petite taille. Par le moteur à explosion, l’avion est devenu une réalité réduisant ainsi chaque jour la suprématie des plus légers que l’air.

Image

Dirigeable Clément-Bayard n° 1 dans l’Oise – Carte postale ancienne éditée par les éditions « étoile » – 1908-  domaine public – Wikimedia Commons.

Un double changement de société

La quasi disparition des dirigeables au lendemain de la seconde guerre mondiale est principalement l’aboutissement d’une lutte acharnée entamée quarante ans plutôt entre les plus lourds et les plus légers que l’air. Avec le pétrole, le monde est pleinement entré dans la société de la vitesse. Tout ce qui était puissant et rapide était plébiscité. Le dirigeable, lent par essence, ne correspondait plus aux exigences de son temps. Comment rivaliser, en traversant un océan à 120km/h, face à un avion capable d’accomplir le même trajet en deux fois moins de temps.

Image

« Appontage » d’un chasseur à bord du dirigeable rigide Akron  – US NAVY – 1932 – Wikimedia Commons.

Avec le développement de l’aviation commerciale, les plus lourds que l’air se sont imposés face au dirigeable, comme ils l’ont fait avec les grands paquebots transatlantiques. Les tout jeunes dirigeables n’ont pu résister à ce revers ; seuls quelques appareils de petite taille ont été produits à partir de modèles anciens pour répondre à des besoins d’endurance pas encore comblés par les avions et les hélicoptères.

Lors des chocs pétroliers des années 1970 et 1980, le modèle de la puissance, porté par une énergie abondante et peu chère, a été fortement ébranlé. Ces fissures ont engendré un regain d’intérêt pour les plus légers que l’air. De nombreux projets ont alors vu le jour. Les appareils actuellement en service sont directement issus des projets de cette époque.

Aujourd’hui, la crise énergétique majeure qui se profile et les critères environnementaux ont fait prendre à notre société une nouvelle voie dans laquelle le dirigeable a sa place comme moyen aérien complémentaire.

 Image

Dirigeable souple, conçu dans les années 1980, au dessus de la Floride – 2010 – Wikimedia Commons.

Un avenir tout tracé ?

Donc, la question est réglée? Pas tout à fait. Les dirigeables disponibles sur le marché sont issus d’une ancienne génération et souffrent de nombreux problèmes hérités de leurs ancêtres. Les projets actuels sont prometteurs et visent à pallier ces tares en combinant le meilleur de la technologie passée avec les avancées d’aujourd’hui et de demain. Le dirigeable ne pourra se développer qu’une fois libérée de ces points noirs.

 Image

Maquette de soufflerie du dirigeable de nouvelle génération MC500 – 2010 – www.dirisoft.fr

Les solutions pour adapter les avions à la nouvelle donne énergétique ne tarderont pas. C’est alors que se jouera véritablement l’avenir du dirigeable. S’il est prêt à défendre sa place et ses missions en prouvant ses performances alors, il prospérera. A l’inverse s’il ne supplante pas les plus lourds que l’air dans certaines missions spécifiques, comme la surveillance persistante ou le transport de charges indivisibles, il est probable qu’il ne reste qu’une curiosité.

Dodo ou phénix, la question donc reste ouverte. La recombinaison technique opérée avec le dirigeable a cependant montré sa viabilité mais son intégrabilité dans la société à venir est encore à prouver. Ultime soubresaut ou véritable décollage, l’avenir nous le dira.

Pour en savoir plus : http://dirisoft-aerall.e-corpus.org

Retrouvez cet article sur le Blog de Stéphane Gasser – La médiation technique : http://mediationtechnique.blogspot.fr