Regards croisés sur l’agriculture de demain : Vers une approche systémique globale des sols

L’agriculture d’aujourd’hui telle quelle est pratiquée à travers le globe est majoritairement basée sur l’apport de produits pétrochimiques. La philosophie de cette pratique est basée sur la suprématie de la science et la conviction que les problèmes de production rencontrés ne peuvent être contrés que par l’apport massif de substances extérieures. Des pesticides pour protéger la plante, des antibiotiques pour la soigner, des engrais pour la stimuler. Par cette voie, il n’existe plus aucun équilibre dans les écosystèmes présents. A cela s’ajoute une détérioration des sols et une diminution de la biodiversité qui par son action permet leur régénération. Ce modèle montre ses limites. L’importance des besoins en hydrocarbures et les rejets de gaz à effet de serre font peser une véritable épée de Damoclès sur ces modèles poussant même plus pessimistes à prédire un blocage généralisé de ce mode de production.

Alors que les terres s’épuisent, la question de notre avenir alimentaire devient préoccupante. Si le modèle actuel n’est plus viable, quelles sont les alternatives ?

Je vous propose de regarder de plus près deux modèles, un passé et un présent aux fondements bien différents des repères actuels.

Notre première étape nous emmène en Amérique du sud où une découverte surprenante sur les méthodes agricole de populations précolombiennes faite en Guyane française pourrait changer la donne.

En Amérique du Sud, le modèle existant inspiré des modèles américains et occidentaux requiert d’immenses surfaces pour garantir la production. Le constat est alarmant, chaque année des milliers d’hectares de forêt primaire disparaissent en fumée. Le besoin de terres fertiles et accessibles donne lieu à un véritable saccage d’écosystèmes nécessaires au niveau global. La culture sur brulis encore largement pratiquée aujourd’hui est considérée comme viable à cours terme. Quelques années après, les taux de rendement chutent en même temps que la richesse des sols et il est de nouveau nécessaire d’avancer plus au cœur de la forêt pour trouver des sols riches qui seront à leur tour appauvris.

Une note du CNRS du 12 avril 2012 montre en quoi cette découverte pourrait permettre une révolution agricole en Amérique du sud.

« En analysant, sur une période couvrant plus de 2 000 ans, les archives de pollens, de charbon et d’autres restes végétaux, cette équipe internationale a pour la première fois écrit en détail l’histoire de l’utilisation des terres dans les savanes amazoniennes de la Guyane française. Ces travaux nous donnent une perspective unique sur ces terres avant et après l’arrivée en Amérique des premiers Européens en 1492. Ils montrent que les anciens habitants de ces savanes amazoniennes pratiquaient l’agriculture sur champs surélevés, qui impliquait la construction de petites buttes agricoles avec des ustensiles en bois. Cette technique permettait d’améliorer le drainage, l’aération du sol et la rétention d’eau. Une combinaison idéale pour un milieu connaissant, à différents moments de l’année, la sécheresse et l’inondation. Les champs surélevés bénéficiaient aussi de l’augmentation de la fertilité par la matière organique partiellement décomposée, retirée en permanence du bassin inondé et déposée sur les buttes. Les agriculteurs limitaient les feux pour mieux conserver la matière organique, les nutriments et la structure du sol. Contrairement à ce qui a été supposé pendant longtemps, les peuples indigènes n’utilisaient donc pas le feu comme moyen de maintenir les savanes ouvertes et de gérer leurs terres agricoles. Cette étude souligne au contraire que c’est avec l’arrivée des premiers Européens que la région a connu une augmentation brusque de l’incidence des feux. L’agriculture sur champs surélevés, très coûteuse en temps de travail, a été perdue quand 95 % de la population indigène a été anéantie par des maladies venues du Vieux Continent. » in Les fermiers précolombiens cultivaient la savane amazonienne sans la brûler (http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/doyle_mckey_stephen_rostain.htm). Reference: Fire-free land use in pre-1492 Amazonian savannas, Proceedings of the National Academy of Sciences, José Iriarte, Mitchell J. Power, Stephen Rostain, Francis E. Mayle, Huw Jones, Jennifer Watling, Bronwen S. Whitney & Doyle B. McKey.

La solution mise au jour nous montre une conception bien différente de notre repère actuel.  La croissance de la plante est intégrée à un système local réfléchi qui s’inscrit dans une pensée globale. L’aménagement de ces surfaces en terrasses permet de mutualiser les moyens mis en œuvre pour répondre aux besoins spécifiques propres à l’implantation des champs. Les besoins des plantes ne sont pas assouvis par apports extérieurs mais par extraction des nutriments à l’intérieur du système.

Cette découverte n’est pas sans rappeler un autre modèle de production bien plus récent : la permaculture.

Créée dans les années 1970, par deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, qui rêvaient de développer des systèmes agricoles stables, cette approche, à l’opposé des méthodes agricoles pétrochimiques, est basée sur l’observation des interactions existantes dans la nature. Elle fut rendue publique en 1978 avec la parution du livre Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.

Le terme permaculture est à l’origine la contraction « d’agriculture permanente » mais a été élargie tous les aspects de la vie sociale tant les aspects sociaux sont apparus comme faisant partie intégrante du système.

Le point commun : une approche de design global.

Alors que les modèles agricoles actuels tendent à répondre à un problème par l’apport de solutions extérieures sous la forme de machines et de produits chimiques. La permaculture tend à y répondre par le design. Nous ne parlons pas ici de la nouvelle table en résine ou du dernier gadget à la mode mais d’une prise de conscience globale des problèmes liés à l’agriculture. Le design dans son sens large et premier ne se résume pas à dessiner la forme d’un objet mais à permettre l’intégration de multiples facteurs dans un objet ou un système. C’est dans ce type de conception à l’échelle globale que ces modèles ont vu le jour. Les solutions viennent de l’intérieur  grâce à l’arrangement et à l’optimisation des installations.

C’est cette vision globale des installations et des plantations qui font la spécificité des deux modèles dont il est question dans cet article. Le design global permet un agencement optimisé des éléments constituant un ensemble de production sur toute la chaine. Chaque plante, chaque pierre et chaque mare a son utilité et sa place dans le processus de production. La richesse de ce modèle réside dans l’optimisation des interactions entre ces éléments et non grâce à des apports extérieurs. La connaissance des besoins et du fonctionnement des micro systèmes permet la réutilisation des déchets d’un autre micro système. La multiplication des espèces en cultures, organisées selon des zones hiérarchisées en fonction du travail demandé, permet une meilleur résilience tant sur le plan de la production que sur le plan économique. Les éléments extérieurs (mauvaise météo, fluctuation des prix du marché…) ont moins d’emprise sur le développement des installations.

Pour la permaculture actuelle, l’objectif est d’organiser au mieux un système « naturel » complexe qui par son fonctionnement permet un enrichissement des sols constant tout en faisant diminuer graduellement la charge de travail des exploitants. En laissant la nature travailler à sa place, l’agriculteur économise de l’énergie et de la sueur tout en garantissant un meilleur rendement. L’important travail de conception en amont est largement compensé par le gain de temps et d’énergie après quelques années de production.

 « D’ici à trois ans, la terre sera bien nourrie. Les insectes, les plantes et les légumes s’auto-entretiendront, explique Anaïs [une étudiante de 19 ans en BTS « gestion et protection de la nature »]. Les vers de terre laboureront la parcelle, il n’y aura plus besoin de passer le motoculteur. La bonne organisation des plants fera que l’on aura moins besoin d’arroser. L’objectif, c’est d’avoir le moins de travail à faire possible, tout en travaillant en harmonie avec la nature. » (http://www.jactiv.ouest-france.fr/job-formation/travailler/anais-developpe-permaculture-8774)

La permaculture est basée sur un ensemble de principes qui tendent à pérenniser le développement de ce modèle :

  • Comprendre le système mis en place dans sa globalité en effectuant des allers retours constants entre global et local.
  • Observer les interactions qui existent entre les différentes parties du système.
  • Réparer les systèmes défaillants par analogie et adaptation.
  • Apprendre des systèmes naturels existant pour aider à l’intégration sans dommages de l’homme.
  • Diffuser et aider le concept à se développer en incluant ceux qui y sont étrangers.

Une ferme modèle créée il y a plus de quarante ans par Sepp Holzer et sa femme, en Autriche, illustre parfaitement ce principe. Son approche globale est présentée dans le documentaire ci-dessous : Permaculture : un véritable développement durable

Encore une lubie de quelques écolos isolés !

Non, une réelle réflexion pour permettre une réappropriation de la production au niveau local en transformant chaque surface accessible en une unité de production.

L’observation du système agricole cubain actuel nous donne une idée des possibilités de développement de ce type d’agriculture à grande échelle. Conséquence directe du blocus des années 1980, Cuba a du prendre un virage serré pour passer du modèle agricole pétrochimique issu de la révolution verte à une alternative  durable, en l’occurrence, la permaculture.

The Power of Community. How Cuba Survived Peak Oil:

La mutation économique s’est accompagnée d’une période de disette et de restriction mais a abouti à un nouveau système plus durable que le modèle précédent. En quelques années seulement, un pays entier a réussi à changer profondément de modèle de production. Les grandes exploitations d’état ont été privatisées et découpées pour augmenter la productivité de chaque unité. Aujourd’hui 80% de la production agricole cubaine est par nécessité devenue « bio ». Le développement de la permaculture a également modifié le paysage social en recentrant les communautés à l’échelle locale en resserrant les liens entre les habitants. De nouveaux services ont alors vu le jour faisant des unités de production au sein des villes et des villages des points de rencontres et d’entraide. Les personnes malades peuvent par exemple bénéficier d’expertises médicales.

Le changement de modèle de production a également aidé à améliorer la santé globale de la population grâce à un surcroit d’activité physique et un régime alimentaire plus sain incluant plus de fruits et de légumes que de protéines animales.

Encore, faut-il de la terre ? Peut-être pas…

La permaculture, grâce à sa conception, est adaptable à des environnements différents. Les mécanismes naturels observés peuvent être organisés différemment afin de répondre au mieux aux spécificités de l’environnement local. Ainsi la ville, malgré le manque apparent d’espaces verts est en réalité une merveilleuse niche de développement des pratiques permacoles. C’est ce que montre le projet de « The Urban Farming Guys » qui a permis la mise en place d’un système permacole viable au cœur même d’un quartier pauvre d’une ville américaine. Au-delà de la production agricole, c’est vers un projet global d’aide aux populations défavorisées et vers l’amélioration de la qualité de vie qu’ils dirigent leur action. Résoudre les problèmes de la rue par la permaculture, un projet ambitieux qui suscite bien des réflexions.

Farming in the hood:

Conclusion :

La permaculture telle qu’elle a évolué depuis les années 1980 est devenue un outil de conception de sociétés humaines durables. Chaque élément de la vie des individus est étudié au travers du prisme du design pour organiser et intégrer au mieux les différents systèmes et sous-systèmes mis en relation (sociabilité, énergie, nourriture, transport, soins…). Pouvant être développée en ville comme à la campagne, la permaculture est un modèle agricole alternatif dont les essais connus nous montrent une voie possible pour assurer notre avenir alimentaire tout en préservant notre santé et celle de notre environnement.

 Pour en savoir plus :

http://www.permaculture.fr

http://permacultureprinciples.com/fr

Moteur diesel et huile végétale : Un retour aux sources ?

Juste bon pour les tracteurs et les camions dans les années 1980, devenu tendance depuis quelques années et maintenant vu comme un vecteur de mort avec ses microparticules, le moteur diesel est  aujourd’hui sur la sellette.

Il est pourtant au cœur d’une petite révolution:
Des agriculteurs, des particuliers mais aussi des collectivités ont passé le cap de rouler à l’huile végétale pure.

De l’huile directement dans les cylindres, l’idée parait osée et pourtant elle n’est pas neuve. Pour l’Exposition universelle de 1900, Rudolf Diesel a présenté un moteur d’une quinzaine de kW fonctionnant non pas à l’huile lourde (produit peu raffiné de l’extraction pétrolière) mais bien à l’huile végétale brute d’arachide. La technologie a évolué mais le principe de l’auto-allumage par pression reste le même et permet cette ouverture en dépit de la complexification de la mécanique et de l’électronique embarquées à bord de nos véhicules.

Le rêve du carburant renouvelable en circuit court enfin accessible ?

Imaginez faire le plein chez l’agriculteur le plus proche. L’idée semble bonne en dépit de quelques ombres au tableau.

Ceux qui ont fait le choix de l’huile végétale (en mélange ou à 100%) le font en toute illégalité
Pris entre le marteau et l’enclume, l’usager est encouragé par l’Europe tout en étant dans le collimateur de l’Etat français qui ne voit pas d’un bon œil cet échappatoire à la TIPP. Le problème fiscal est le frein majeur du développement de ce carburant moins polluant et surtout ne nécessitant aucune transformation contrairement aux carburants estérifiés.

C’est également un agro carburant et la question de la concurrence avec les surfaces cultivables vivrières reste pleine et entière surtout à grande échelle

Malgré ces obstacles, ils sont de plus en plus nombreux à venir à une solution atypique qui certes ne sera pas la panacée mais pourra apporter une réponse partielle à la nécessaire mutation énergétique.

Voici un reportage complet sur cette tendance controversée, réalisé par François-Marie Lelay avec la participation de l’association Oliomobile.org (http://www.oliomobile.org) :

Quand les nouvelles technologies viennent en aide au passé : l’application StreetMuseum / When new technologies help the past: the StreetMuseum application.

Je m’arrête d’habitude sur des exemples d’exploration du passé et de création de nouvelles technologies. Aujourd’hui c’est le contraire. Voici un bel outil de réalité augmentée qui permet de ramener le passé dans le quotidien des gens.
Découvrir votre rue sous un autre angle ? C’est désormais possible grâce à l’application pour smartphones StreetMuseum développée pour The London Museum. En quelques clics, Il est possible de faire le lien entre les riches collections iconographiques du musée et l’espace quotidien des londoniens. A quand d’autres villes…

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I usually focus on examples of explorations of the past and developments of new technologies. Today it is the opposite. Here is a nice augmented reality tool which makes the past closer.
Discovering your street from another angle? It is now possible with the StreetMuseum application for smartphones developed for The London Museum. With a few clicks, you can make the link between the rich iconographic collections of the museum and the everyday London. What’s next? Paris, Roma…

Le retour de « l’énergie-cheval » / The return of the « horse energy « 

Un pas lent et assuré contraste avec les rires et les chants des enfants ravis de se déplacer au rythme du cheval. Encore une attraction touristique me direz-vous…Et bien peut être pas.

Le cheval, chassé de nos villes, il y a une cinquantaine d’années pour laisser la place aux chromes rutilants et aux moteurs ronronnants, se rapproche à nouveau des faubourgs. A l’image de Nayak, un cheval de trait (postier breton) utilisé par la municipalité de La Chapelle-Gaceline dans le Morbihan. Le maire a décidé et fait accepter l’idée que le cheval était plus adapté au transport des enfants de l’école à la cantine et à l’entretien des espaces verts dans les petites rues de sa ville que les véhicules à moteurs. Une anecdote, lubie d’un illuminé ? Les chiffres nous racontent une autre histoire. Aujourd’hui plus de 70 communes françaises utilisent un ou plusieurs chevaux dans la ville. Pour la sécurité ou l’entretien, la traction hippomobile rend bien des services : transport de personnes, ramassage des ordures, entretien des espaces verts… Une enquête Sofres-Haras Nationaux de 2003 montre que plus de 70% des personnes interrogées sont favorables à son retour en ville pour des missions de sécurité ou de services publiques.

Pourquoi le cheval ?

Plus contraignant qu’un véhicule à moteur et moins rapide, le cheval a pourtant un avantage de taille : c’est une énergie renouvelable et peu polluante. Se nourrissant de végétaux, silencieux et accessoirement lent, il est de nouveau en phase avec les critères de développement actuels dans des centres villes dévitalisés, où la mécanique est reine.

Et le crottin ? Une composante incontournable de la traction animale, les déjections des chevaux sont valorisables sans infrastructures lourdes. Aurore Dupuis, en charge de Nayak, plaisante à ce sujet : «Ça ne traîne pas. Les gens ramassent le crottin très vite. D’ailleurs, les fleurs n’ont jamais été si belles dans la commune» (Télégramme de Brest du 20 octobre 2010)

Les équidés sont surtout des créateurs de lien social et un vecteur pédagogique formidable. Les expériences de collectes de déchets ont montré que les éboueurs (ripeurs) étaient remarqués, salués et surtout respectés par la population, ne ressentant ainsi plus le poids oppressant d’être transparent. Rapidement acceptés, même par les plus sceptiques, le cheval délie les langues et favorise les rencontres. Dans beaucoup de projets, le cheval est aussi un vecteur d’insertion sociale. Étant remarquables, ils permettent très facilement de faire passer un message de développement durable et améliorent grandement l’image des municipalités l’ayant adopté.

A pieds ou en voiture, quelles différences ? Peu tolérants et habitués à des trafics rapides, les automobilistes doivent s’habituer à la présence des chevaux dans la ville. Porteurs de deux conceptions différentes du transport, la confrontation ne se fera pas sans heurs. Les policiers belges apprécient le rôle de régulation naturelle du trafic en ralentissant l’ensemble des flux. Aurore Dupuis, l’employée communale, souligne les sautes d’humeurs des conducteurs : «Certains conducteurs pestent quand même derrière nous, raconte Aurore. L’autre jour, un semi-remorque nous a doublés à toute allure. Il s’est rabattu en klaxonnant juste sous les naseaux de Nayak qui n’a pas bronché.» (Télégramme de Brest du 20 octobre 2010). Une éducation des deux cotés est plus que nécessaire pour permettre au cheval de revenir sereinement fouler les pavés de nos rues et de nos campagnes comme une alternative viable et sécuritaire.

Ressortir la charrette à foin du grand-père ?

Le retour du cheval comme force de travail en ville comme dans les champs ne pourra se faire sans un travail conséquent de conception de matériels adaptés aux nouveaux usages et surtout aux nouvelles normes.

Au-delà des usagers de la route, c’est un travail global de sensibilisation et d’éducation à l’animal qu’il faut mener sur plusieurs fronts afin que le développement de « l’énergie-cheval » passe de l’expérimental à la norme. Loin d’être cantonné à la ville, le retour du cheval et plus particulièrement du cheval de trait dans des activités économiques éloignées du loisir est cependant une tendance lourde et prometteuse.

 Nayak dans son service quotidien :

Image

http://percheron-international.blogspot.fr

ImageChristopher Santerre – 2011 (http://www.christophersanterre.org/portfolio/cheval-donneur)

A slow and assured pace contrasts with the laughter and songs from the children delighted to travel at the rhythm of the horse. Another attraction you might say … Well maybe not.

The horse, driven out of our cities, about fifty years ago, to make way for gleaming chrome and roaring engines, are back. Just like Nayak, a draft horse (Postier Breton) used by the municipality of La Chapelle-Gaceline in Brittany. The mayor decided that the horse was more suitable for transporting children from school to the restaurant and for maintenance of green spaces in the streets of his city than motor vehicles. An anecdote, a lonely vision? Statistics tell a different story. Today more than 70 municipalities in France use one or more horses in the city. For safety or maintenance, draft horses are really useful: passenger transportation, garbage collection, and green spaces maintenance … A 2003 Sofres-Haras Nationaux survey shows that over 70% of respondents favored the return of the horse in town for security missions or public services.

Why the horse?
More restrictive than a motor vehicle and slower, yet the horse has one advantage: it is a renewable and low emissions energy. Feeding on plants, silent and incidentally slow, it is again in line with the today’s development criteria in devitalized existing town centers, where the motors rule.

What about manure and pollution? As an essential component of animal traction, the droppings of horses are recoverable without heavy infrastructure. Aurore Dupuis, responsible for Nayak, jokes about it: « It does not stay. People pick up the droppings quickly. Moreover, the flowers have never been so beautiful in the municipality « (Télégramme de Brest on 20 October 2010)

Equidates are mainly creators of social ties and a great educational vector. The experiences of waste collections have shown that scavengers are noticed, praised and moreover respected by the people. They do not feel the oppressive weight of being transparent anymore. Quickly accepted, even by the most skeptical, the horse loosens tongues and promotes meetings. In many projects, the horse is also a vector of social integration. Being remarkable, they can easily convey a message of sustainable development and greatly enhance the image of municipalities.

On foot or by car, what are the differences? Less tolerant and accustomed to fast traffic, motorists should get used to the presence of horses in the city. As it carries two different concepts of transportation, the confrontation will not happen without difficulties. The Belgian police appreciate its role of natural regulation of traffic by slowing the flows. Aurore Dupuis, municipal employee, describes the behavior of the drivers: « Some drivers still ranting behind us, says Dawn. The other day, a semi-trailer has doubled in speed. He drove back in the lane, honking just in front of the nose of Nayak who did not flinch. « (Télégramme de Brest on 20 October 2010). Education on both sides is more than necessary to allow the horse to calmly return in our streets and countryside as a viable and safe solution.

Shafting Grandpa’s wagon?
The return of the horse as a labor force in cities and in fields cannot be achieved without significant work to design adapted equipment to new uses and especially to new standards.

Beyond the road users, there is a need of a global education on many fronts to enable the development of « horse energy » from an experimental state to common use. Far from being confined to the city, the return of the horse and especially the draft-horse in commercial activities, far from leisure activities, is a promising trend.

Le dirigeable : un exemple probant d’une recombinaison technologique ?

Le dirigeable, phénix ou dodo ? Le titre énigmatique de l’ouvrage de Robert Lockerby (1981) pose le décor de la nouvelle vague de projets lancée à la fin des trente glorieuses. A partir des années 1970, les chocs pétroliers et les prises de consciences environnementales ont permis à une technologie de sortir de son sommeil : le ballon dirigeable.

Un dirigeable qu’est ce que c’est ?

C’est avant tout un ballon, c’est-à-dire une enveloppe contenant un mélange gazeux plus léger que l’air qui l’entoure. Par la différence de densité de ce mélange, le ballon s’élève mais reste, comme une bouée, condamné à voguer au gré des courants. L’ajout d’un moteur le rend dirigeable car il peut lutter contre le vent et choisir sa direction.

Le dirigeable est né à une époque où le ballon était le seul moyen de voler. Les moteurs encore trop lourds et peu puissants ne pouvaient prendre place que dans des engins plus légers que l’air.

Il est devenu performant grâce à une innovation qui engendra son déclin. Le moteur à explosion (combustion interne), malgré les performances prometteuses de la propulsion électrique à la fin du XIXe siècle, était le seul à pouvoir fournir, sur la durée, la puissance nécessaire à ces géants du ciel. D’abord utilisé sur des ballons, ce moteur a très vite évolué vers des conceptions plus compactes, le rendant ainsi idéal pour les véhicules terrestres, marins et surtout aériens de petite taille. Par le moteur à explosion, l’avion est devenu une réalité réduisant ainsi chaque jour la suprématie des plus légers que l’air.

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Dirigeable Clément-Bayard n° 1 dans l’Oise – Carte postale ancienne éditée par les éditions « étoile » – 1908-  domaine public – Wikimedia Commons.

Un double changement de société

La quasi disparition des dirigeables au lendemain de la seconde guerre mondiale est principalement l’aboutissement d’une lutte acharnée entamée quarante ans plutôt entre les plus lourds et les plus légers que l’air. Avec le pétrole, le monde est pleinement entré dans la société de la vitesse. Tout ce qui était puissant et rapide était plébiscité. Le dirigeable, lent par essence, ne correspondait plus aux exigences de son temps. Comment rivaliser, en traversant un océan à 120km/h, face à un avion capable d’accomplir le même trajet en deux fois moins de temps.

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« Appontage » d’un chasseur à bord du dirigeable rigide Akron  – US NAVY – 1932 – Wikimedia Commons.

Avec le développement de l’aviation commerciale, les plus lourds que l’air se sont imposés face au dirigeable, comme ils l’ont fait avec les grands paquebots transatlantiques. Les tout jeunes dirigeables n’ont pu résister à ce revers ; seuls quelques appareils de petite taille ont été produits à partir de modèles anciens pour répondre à des besoins d’endurance pas encore comblés par les avions et les hélicoptères.

Lors des chocs pétroliers des années 1970 et 1980, le modèle de la puissance, porté par une énergie abondante et peu chère, a été fortement ébranlé. Ces fissures ont engendré un regain d’intérêt pour les plus légers que l’air. De nombreux projets ont alors vu le jour. Les appareils actuellement en service sont directement issus des projets de cette époque.

Aujourd’hui, la crise énergétique majeure qui se profile et les critères environnementaux ont fait prendre à notre société une nouvelle voie dans laquelle le dirigeable a sa place comme moyen aérien complémentaire.

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Dirigeable souple, conçu dans les années 1980, au dessus de la Floride – 2010 – Wikimedia Commons.

Un avenir tout tracé ?

Donc, la question est réglée? Pas tout à fait. Les dirigeables disponibles sur le marché sont issus d’une ancienne génération et souffrent de nombreux problèmes hérités de leurs ancêtres. Les projets actuels sont prometteurs et visent à pallier ces tares en combinant le meilleur de la technologie passée avec les avancées d’aujourd’hui et de demain. Le dirigeable ne pourra se développer qu’une fois libérée de ces points noirs.

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Maquette de soufflerie du dirigeable de nouvelle génération MC500 – 2010 – www.dirisoft.fr

Les solutions pour adapter les avions à la nouvelle donne énergétique ne tarderont pas. C’est alors que se jouera véritablement l’avenir du dirigeable. S’il est prêt à défendre sa place et ses missions en prouvant ses performances alors, il prospérera. A l’inverse s’il ne supplante pas les plus lourds que l’air dans certaines missions spécifiques, comme la surveillance persistante ou le transport de charges indivisibles, il est probable qu’il ne reste qu’une curiosité.

Dodo ou phénix, la question donc reste ouverte. La recombinaison technique opérée avec le dirigeable a cependant montré sa viabilité mais son intégrabilité dans la société à venir est encore à prouver. Ultime soubresaut ou véritable décollage, l’avenir nous le dira.

Pour en savoir plus : http://dirisoft-aerall.e-corpus.org

Retrouvez cet article sur le Blog de Stéphane Gasser – La médiation technique : http://mediationtechnique.blogspot.fr

L’énergie mécanique solaire : une invention récente ? / The solar mechanical energy: a recent invention?

Lorsque le grand public entend parler de l’énergie solaire, c’est la technologie photovoltaïque qu’il voit : de couteux panneaux lui permettant de produire de l’électricité pour s’éclairer, cuisiner ou se divertir. Le soleil apporte bien plus à notre planète : la chaleur. Ce rayonnement pesant l’été et salvateur l’hiver permet à la vie de se développer. Filtré par l’atmosphère, il produit une chaleur soutenable et difficilement utilisable mais concentré et capté, il peut alors révéler sa puissance.

Juste bon à chauffer de l’eau ? Apparemment pas.

Plusieurs projets croisant à la fois les solutions de captation thermique des rayonnements du soleil et les moteurs à air chaud (cycle de Stirling) explorent actuellement les possibilités motrices du solaire thermique. Le four solaire d’Odeillo de Réal dans le Pyrénées a fait construire en 2004 un concentrateur parabolique renvoyant les rayons du soleil sur un moteur Stirling couplé à un générateur. Un autre exemplaire a été construit en Espagne.

La société Sunmachine a développé une technologie équivalente dont le prototype de 4m de diamètre serait capable de produire 2,5 KW

Cette idée d’utiliser le soleil ne date pas d’hier. Un article du journal scientifique La Nature explique comment dans les colonies, des expérimentations concluantes sur le couplage de concentrateurs solaires hémicylindriques et de moteurs à air chaud (apparemment plus proche des machines à vapeur classiques) ont été menés en 1883. La puissance de la machine est assez importante pour permettre l’orientation et la manœuvre du concentrateur ainsi que l’entrainement de diverses pompes et moulins.

Les technologies solaires thermiques peuvent être développées avec des moyens techniques simples et peu couteux. Que ce soit pour le chauffage de l’air ou de l’eau ou pour la production d’énergie mécanique, elles s’opposent au photovoltaïque par leur construction : nul besoin de matériaux rares et précieux, dont le prix élevé freine le développement. Le solaire thermique, couplé à d’autres technologies anciennes simples feront peut-être leur grand retour face aux solutions hi-tech.


Le moteur solaire d’Ericsson (http://cnum.cnam.fr)

The solar Stirling generator at Odeillo de Réal. (http://www.panoramio.com/photo/6280212)

The Sunmachine prototype (http://old.stirlingmaschine.de/english/images/eiszeit_0.jpg)

When the public hears about solar energy, it sees photovoltaic technology: the expensive panels generating electricity for lighting, cooking and entertaining.

The sun brings much more to our planet: heat.

This radiation, hard to bear in summer and welcome in winter, allows the development of life. Filtered by the atmosphere, it produces a sustainable heat, difficult to use if not concentrated.

Just good to heat water? Apparently not.

Several projects using solutions to capture the thermal radiation from the sun and hot air engines (Stirling cycle) are exploring the possibilities of solar thermal energy production. A parabolic concentrator was built in 2004 at the solar oven at Odeillo de Réal in the Pyrenees, concentrating sunlight on a Stirling engine coupled to a generator. Another one was built in Spain.

The Sunmachine Company has developed an equivalent technology. The 4m diameter prototype would be capable of producing 2.5 KW

The idea of using the sun in this way is not new. An article from the scientific journal La Nature describes how in the colonies, conclusive experiments on the coupling of semi-cylindrical solar concentrators and hot air engines (apparently closer to conventional steam engines) were completed in 1883. The power of the machine was large enough to allow the direction and operation of the concentrator and the use of various pumps and mills.

Solar thermal technologies can be developed with simple and inexpensive technical means. Whether for heating air or water or to produce mechanical energy, they are opposed to photovoltaic by their construction: no need for rare and precious materials which slow their development. Solar thermal, combined with other simple old technologies will perhaps comeback against the hi-tech solutions.

3D printing: Making the engineer like a new kind of potter… / L’impression 3D: Faire de l’ingénieur un nouveau type de potier …

While working, the carver or the machinist frees the object already contained in the raw material. The emerging sculpture or piece is rid of surplus material by each stroke of the tool. That’s the way hard objects have always been carved.

A new way of manufacturing may change our way of thinking: the 3D printer. Like the potter’s work, material is not removed from the draft but added layer by layer to create a three-dimensional object.

The innovation embedded in the process is that not only malleable and fragile materials such as clay, not suitable for dynamic uses, will benefit from the added layers technology but also high performances materials such as plastics, resins, nylon or even metal.

The 3D printing enables engineers and designer to deal with new kinds of complex shapes in order to solve problems. Patterns and structures, previously hard to create with traditional manufacturing techniques, will be really easy to build. That’s the case with the 3D printed drone (see the videos below) in which the geodesic structure, copied from the Vickers Wellington Bomber, is directly embedded into the aircraft’s skin for an improved strength.

The ball bearings of the nylon printed prototype bike shown in the video below are another example of this breakthrough innovation. The balls are not added after the creation of the parts but simultaneously printed layer by layer in one shot.

Engineers and designers will have to learn a totally new way of conceiving objects adapted to the new possibilities of the 3D printing processes.


Source: http://samoa288.canalblog.com/albums/tutoriel_/index.html

En travaillant, le sculpteur ou le fraiseur libère l’objet déjà contenu dans la matière première. La sculpture, ou la pièce émergente, est débarrassée du surplus de matière par chaque action de l’outil. C’est toujours de cette façon que les objets durs ont été sculptés.
Un nouveau mode de fabrication peut changer notre façon de penser: l’impression 3D. Comme le travail du potier, la matière n’est pas retirée mais  ajoutée, couche par couche, pour créer un objet en trois dimensions.

Non seulement des matériaux malléables et fragiles comme l’argile, non adaptés à des utilisations dynamiques, bénéficieront de cette technologie, mais aussi des matériaux de hautes performances tels que les plastiques, les résines, le nylon ou même le métal.

L’impression 3D permet aux ingénieurs et designers de créer de nouvelles formes complexes pour résoudre les problèmes. Des structures, qui étaient auparavant difficiles à réaliser avec les techniques de fabrication traditionnelles, ne seront plus qu’un jeu d’enfant à construire.

C’est le cas du drone imprimé en 3D (voir la vidéo ci-dessus) dans lequel la structure géodésique, copiée à partir du bombardier Vickers Wellington, est directement intégrée dans la peau de l’avion pour une meilleure résistance.
Les roulements à billes du prototype de vélo imprimé en nylon  visible dans la vidéo ci-dessus, est un autre exemple de cette innovation de rupture. Les billes ne sont pas ajoutées après la création des pièces, mais au même moment ; les différentes pièces étant imprimées tout en même temps.

Les ingénieurs et les designers devront apprendre à concevoir d’une manière totalement nouvelle des objets adaptés aux nouvelles possibilités des procédés d’impression 3D.