Les réseaux sociaux au secours des musées

Dépoussiérer les musées, voici le leitmotiv de la culture depuis l’apparition des technologies numériques. L’enjeu est de taille surtout dans un pays où la culture muséale basée sur l’accumulation a creusé un sillon profond dans l’imaginaire collectif.  Dans un précédent article je vous présentais une initiative du London Museum utilisant les Smartphones comme autant de diffuseurs de la culture.  Aujourd’hui c’est vers la fertilisation de souvenirs enfouis et l’utilité des réseaux sociaux que je vous proposer de naviguer.

Même sorti de terre récemment, les musées peinent à se détacher de leur image terne et pleine d’ennui caractéristique des établissements anciens. L’un d’entre-deux, Le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, ouvert en 2011, ont lancé, en partenariat avec l’agence DDB Paris, une expérience inédite : le journal Facebook d’un poilu de la guerre de 1914-1918.

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Intégrer l’outil de diffusion le plus utilisé au monde pour un double objectif de faire connaitre le musée tout en rendant plus vivant les heures sombres de l’Europe en guerre, voila un coup de génie !

Depuis le 10 avril 2013, un jeune instituteur de 29 ans est parti au front pour cette guerre qui devait être courte. A raison de plusieurs publications par jour, ce poilu fictif nous raconte son quotidien à grand renfort de photos tirées des archives. Le musée affirme que chaque élément ou évènement relaté ne dépareille pas de la vérité historique.

Le journal de Léon Vivien débute le 28 juin 1914, le jour de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo. D’abord réformé, puis appelé au front, il nous livre son point de vue de l’arrière jusqu’aux premières lignes. A partir du 10 avril, il raconte au jour le jour « sa guerre ».

Selon le Huffington Post, en 2009, seulement 20 musées sur les 1200 labellisés étaient inscrits sur Twitter. Quatre ans plus tard, ils sont plus d’une centaine à avoir rejoint le réseau social. En ce qui concerne Facebook, avoir une page est devenu une évidence.

Le train est en marche et pour porter le musée hors les murs, tous les outils sont intéressants. Bien au-delà de Facebook, les services comme Instagram, Youtube ou Flickr font désormais partie du jeu.

La tendance est même à la spécialisation avec la montée d’entreprises comme Buzzeum, prestataire de services pour la création, la mise en place et la promotion des projets de communication et de stratégie culturelle numérique.

Si vous n’allez pas au musée, alors le musée viendra à vous !

GL

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La prétendue fin du monde qui n’a pas eu lieu : un instantané de notre société

Aujourd’hui, si je vous écris, ça veux dire que je ne suis pas mort…donc notre monde continue d’exister pour quelques temps encore…

Alors que nous avons passé cette prétendue date fatidique du 21 décembre 2012, je voudrais me livrer à un commentaire d’un texte issu de la frénésie d’articles parus : Le journal de bord d’un survivant paru dans le numéro hors-série de Science&Vie consacré à la fin du monde. Le sujet est glissant mais je prends le risque.

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Au cours de la lecture, mon attention s’est portée sur l’élément primordial dans cette fiction : la valorisation du savoir.

Tant qu’à être dans la fiction, adoptons le point de vue d’un hypothétique chercheur qui, bien des siècles plus tard,  après avoir découvert le journal, tente de reconstituer l’existence des premiers habitants de ce « nouveau » monde.

A l’ouverture de ce journal fictif, deux mois se sont écoulés depuis la « fin » du monde précédent. L’auteur note au fur et à mesure ses observations et ses réflexions nous donnant une image fictive mais révélatrice de l’état d’esprit du moment, tant dans le temps du récit que lorsque l’article a été rédigé dans notre monde actuel. Dans cette fiction, chaque action conditionne les chances de survie de l’espèce humaine au travers d’un groupe de survivants. Savoir, tant tous les sens du terme, prends donc une importance capitale dans la résolution des problèmes rencontrés.

Nourriture, production et savoir :

La première préoccupation pour survivre est la nourriture et l’accès à l’eau potable. C’est donc naturellement que nous les retrouvons dès les premiers jours du journal. D’emblée, le constat n’est pas encourageant.

 « Nous n’avons pas de graines, défricher semble irréalisable. » (Jour 3)

On sent bien ici le réflexe culturel du consommateur et non de l’acteur. Le constat est là mais la question de comment en trouver, qui devrait suivre naturellement, n’est pas posée. Il en est de même pour la forêt.

« Si la forêt permet de nourrir 0,1 habitant au kilomètre carré, le calcul est rapide : nous sommes trop nombreux » (Jour 1)

Anciennement citadins pour la majorité, les survivants manquent de recul par rapport au milieu. L’ignorance et la culture du groupe le pousse à ne considérer l’environnement que comme une source figée. Ils ne font preuve d’aucune recherche d’exploitation de cette forêt apparemment épargnée.

Pire encore, la seule voie envisagée est la régression totale : « redevenir des chasseurs-cueilleurs » (Jour 1). Si nous nous plaçons dans une vision linéaire du progrès, régresser, même momentanément, est la seule voie possible. A ce point … c’est caricatural. N’existe-t-il pas d’autres échelons viables avant la préhistoire ?

Prenons l’exemple des Mohawk et des Iroquois (Canada) qui, au cœur d’une forêt boréale riche, ont réussi à maitriser de ressources abondantes en développant un mode de vie sédentaire productif loin de la simple survie nomade. Logés dans des maisons longues pouvant accueillir jusqu’à dix familles (correspond à la taille des groupes décrits dans le journal) étaient le centre d’un système agricole permanent particulièrement efficace. Dans les camps poussaient ensemble du mais, des courges, des citrouilles et une multitude d’autres plantes, apportant avec le produit de la chasse, tous les éléments nécessaire à leur bonne santé malgré le climat difficile. Ce sont, grâce aux fruits de ce mode vie, gracieusement donnés, que les premiers colons ont pu survivre. Ces techniques, qui ont mis des siècles à se développer étaient connues avant « la catastrophe ». L’exploitation de ce savoir peut faire la différence entre survie et développement.

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Une maison longue chez les iroquois

Les ressources semblent pourtant accessibles car ils affirment pouvoir récolter « des fruits, des baies, toutes sortes de noix, du miel et des graminées sauvages pour confectionner des galettes. » (J22)

 La valorisation, ne serait-ce que partielle, de ces graines pourrait initier la transformation raisonnée du milieu en épargnant une partie de ces graines de la consommation immédiate. Les premières traces d’agriculture planifiée et organisée n’apparaissent dans le récit qu’à la 33e année.

 « La mobilité résidentielle des bandes est forte. Durant quatre ans, elles pratiquent dans la forêt une agriculture sur abattis-brulis. Puis laissent les terres en jachère pour une génération, afin de reconstituer la fertilité du sol et de lutter contre les parasites, continuant d’y cultiver des fruitiers et des espèces attirant le gibier. » (An 33)

L’organisation a fini par apparaitre à l’échelle globale mais la vision consumériste de la forêt dans laquelle on ponctionne sans autre contrepartie qu’un repos forcé du milieu reste la norme. On note un manque de connaissances et surtout un cadre psychologique issu du modèle en vigueur dans le monde d’avant « la catastrophe ». Des gestes et des techniques réapparaissent peu à peu…mais l’ombre de l’ignorance, amenant au mysticisme, plane toujours.

« En réenfoussiant la tête ligneuse des ignames pour favoriser la repousse, de véritables jardins forestiers se créent, que protègent des rituels magico-religieux. » (An 33)

L’observation des échecs et des réussites trace cependant une voie plus réfléchie sur la gestion de l’écosystème. Avec cet exemple, nous pouvons imaginer une agriculture basée sur l’observation des interactions entre les plantes entre-elles et avec leur milieu. Cette agriculture n’existe-t-elle déjà pas ? Si, c’est la permaculture. (Voir l’article : Regards croisés sur l’agriculture de demain : Vers une approche systémique globale des sols )

N’y a-t-il pas dans tous les survivants une personne qui ait au minimum entendu parler d’une technique approchante ? Comment cette pratique plus que trentenaire a-t-elle été perdue ?

« Ailleurs s’instaurent d’autres stratégies de contrôle des animaux sauvages, tandis que des rituels initiatiques conduisent certains à tenter de maîtriser jusqu’aux buffles. » (An 108)

Il aura fallu attendre plus d’un siècle après la « fin » pour voir apparaitre les premières traces d’élevage d’animaux de consommation. Etonnant, qu’il ait fallu attendre la deuxième ou la troisième génération dont les ancêtres ont connu la pratique pour que l’idée soit développée.

Ces exemples ont tous un point commun, la transmission du savoir a été bloquée au cours du processus. Qu’est-il alors arrivé à toute la masse de connaissances qui circulait dans le monde et surtout pourquoi les auteurs actuels ont choisi d’illustrer ce blocage qui leur semble logique?

Survie et transmission du savoir:

Rassembler le savoir : Une nécessité pour s’organiser

« Nous discutons de nos chances de survie, en confrontant l’ensemble de nos savoirs, puisés dans le souvenir de nos études, de nos lectures, de nos expériences professionnelles. » (Jour 1)

Dans cette vision des scientifiques, le savoir tel qu’il nous est présenté semble être issu d’une artificialisation dans lequel le bon sens est absent.  Seuls comptent les souvenirs des études et de la vie professionnelle comme si seule cette partie de la vie pouvait créer de la valeur. Pour les scientifiques qui ont rédigé ce journal fictif, ce sont les canaux prioritaires de transmission du savoir…

 « Ayant accumulé des siècles de connaissances scientifiques et technologique. Sachant vers où se diriger, mais ayant tout oublié des moyens premiers pour y parvenir. » (Jour 6)

Il y a clairement une opposition entre la masse de connaissances dont nous avons déjà parlé et sa pérennisation. Il semble que lorsque les canaux de diffusion (livre, internet, universités…) ont disparu, la connaissance s’est volatilisée elle aussi. Par l’ampleur de la catastrophe, une partie du savoir serait perdu du fait de la survie aléatoire des habitants mais dans le cas décrit, la perte semble extrêmement importante.

Plus encore, elle montre au travers des réflexes des survivants que l’absence d’information directement accessible soit un obstacle majeur à sa réappropriation. Habitués à être servis par notre technologie, toujours plus opaque à nos yeux, nous avons perdus nos outils de réflexion. Le besoin soudain d’acquérir nos ressources avec nos propres outils nécessiterait un effort particulièrement intense de notre part pour retrouver notre autonomie.  Pourtant, tout n’est pas perdu.  Une technique peut être retrouvée… mais pour cela, il faut une base matérielle.

Retrouver les traces du monde d’avant : un enjeu de la survie ?

 « Sur la plage, nous avons glané tous les déchets que nous pouvions récupérer : quelques matières premières plastiques pour entretenir les premiers feux, des réserves de nourriture, et des capsules de bouteille que nous transformons en parures ou en grelots pour les enfants » (Jour 1)

Le traumatisme est bien présent, les survivants semblent relever péniblement la tête mais ce qui frappe dans ce récit c’est que la capacité de l’homme à organiser et à créer n’apparait pas. La technique, même sous forme de bribes, n’est pas bonne qu’à bruler ou à distraire les enfants. Elle peut-être salvatrice. Un morceau de plastique ferait une pelle très pratique. Un fil de cuivre rendrait de grands services pour attraper du petit gibier à l’aide collets.

 « Pour allumer le feu, nous confectionnons des briquets avec de vieilles limes d’acier riche en carbone et des éclats de silex noirs. » (Jour 10)

Ce sont dans les déchets de cet ancien monde que se cache la technique. Le journal dépeint les survivants comme pratiquement dépourvus des vestiges d’avant la catastrophe. Mais où est-elle alors ? Même incendiées, rasées ou inondées, les zones d’habitation recéleraient encore des tonnes de machines, outils ou même de matériaux susceptibles de révolutionner les chances de survie du groupe.

Dans bien des films post-apocalyptiques, les vestiges tiennent une place de choix car beaucoup sont centrés sur une reconstruction d’une civilisation à partir des vestiges de la précédente. MadMax ou Waterworld, quelque soit leur qualité intrinsèque, en sont des exemples très parlants, montrant ainsi que ces vestiges font partie de la reconstruction.

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MadMax 4 : Fury Road

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Waterworld

La mise en œuvre de technologies simples comme la construction d’habitats en terre ou en rondins par exemple est tout à fait envisageable mais nécessite un outillage sommaire qu’il est difficile de produire sans infrastructure. La récupération des vestiges du passé est une voie royale pour assurer la mise en place des premières infrastructures qui permettront l’amélioration des conditions de vie des survivants. Elle est également un excellent vecteur de transmission ou de reconstruction du savoir à partir des objets retrouvés. Partir de l’existant peut tout changer.

L’échange et le partage de connaissances : la clé du progrès.

 «  Devant la difficulté, chacun se tourne vers les anciens ». (Jour 22)

On retrouve là un mécanisme anthropologique classique commun à la majorité des civilisations connues. Ceux qui ont vécu le plus longtemps détiennent le savoir le plus conséquent issu de leur expérience et des enseignements qu’ils ont reçus. A cela, rien de plus normal donc qu’ils soient les référents mais il apparait que d’autres dynamiques de transferts de connaissances soient possibles.

Alors que le schéma classique de la société a volé en éclat avec « la catastrophe », chaque individu peut devenir également un référent. C’est le savoir capitalisé et intégré individuellement qui crée une valeur.

« Un adolescent se révèle particulièrement habile à poser des collets et à piéger de petits mammifères. Il dit avoir appris cette pratique dans un jeu vidéo. » (Jour 48)

Au-delà d’une organisation hiérarchique de la diffusion du savoir, des échanges latéraux sont possibles et souvent fertiles. La généralisation des échanges par Internet, nous le prouve aujourd’hui.

 La restructuration de groupes ne correspondrait pas à la perte de tout le savoir. La mixité des origines permettrait la synthèse d’un savoir composite où tout ne serait pas à réinventer. Dans cette situation, les échanges latéraux, en dehors de toute hiérarchie sont une des clés de la survie en puisant chaque bribe dans l’expérience globale de chacun pour créer un bagage commun de connaissances.

Conclusion : 

C’est bien et alors ? A quoi ça nous sert puisque nous n’y sommes pas encore?

Cette fiction même centrée sur une situation hypothétique, est le reflet de la société d’aujourd’hui : autocentrée et guidée par la vision positiviste du progrès. Les thèmes abordés sont à l’image de notre culture globale, la fiction n’en a été que le révélateur.

Sans nous en rendre compte, nous réagissons pour la plupart comme les personnages du récit. Nous avons perdu peu à peu notre autonomie face à nos besoins naturels (nourriture, habitat, déplacement…) en nous reposant sur la technologie facilitatrice.

Le rapport à la nourriture est l’expression de nos habitudes d’approvisionnement. Les informations nous submergent mais quand elles font défaut, nous ne sommes plus capables de les chercher.

Et si un rouage se bloque dans la merveilleuse dynamique technologique dans laquelle nous vivons, que ce passera-t-il ? Rappelez-vous de la situation problématique induite par une coupure momentanée de courant. Imaginez cela à plus grande échelle, comment trouver les solutions de remplacement rapidement ?

L’intégration individuelle du savoir est la clé et le reconnaitre est déjà le premier pas vers une nouvelle autonomie dans notre existence. Pensez-y, il se peut que ça vous serve un jour…

Le projet OPEN SOURCE ENERGY : l’énergie ouverte et collaborative

English version : http://www.ouishare.net/2012/09/open-source-energy-project/

« D’un geste machinal, il jette un coup d’œil au module de contrôle. La charge est bonne et les voyants sont au vert, parfait pour passer une bonne nuit en sachant que demain matin, il y aura du courant pour faire chauffer la cafetière, griller les toasts et surtout pour la grande fiesta du soir. Il est vrai que ce vent d’ouest bien établi et la quantité d’eau qui est tombé hier soir ont permis de regonfler la réserve d’énergie. »

Nous ne sommes pas dans un roman de science fiction mais face à ce qui pourrait devenir dans un avenir proche le quotidien de monsieur tout le monde.

Notre personnage aurait pu se laisser séduire par une solution clé en main amortissable sur des décennies sans garantie de rentrer un jour dans ses frais ; le tout assorti d’un contrat de maintenance exclusif.

C’est au travers d’un courant (sans jeu de mots) plus audacieux qu’il a choisi de faire un geste pour les générations futures et surtout pour son porte monnaie : l’énergie ouverte et collaborative.

L’énergie ouverte qu’est ce que c’est ?

L’idée est simple. Aujourd’hui les solutions disponibles sur le marché des énergies renouvelables suivent toutes le modèle de l’High Tech verrouillé à l’image des produits proposés par Apple. Le solaire, l’éolien et dans une moindre mesure l’hydraulique ne sont accessibles qu’au travers de systèmes complexes et totalement opaques sur lesquels l’utilisateur n’est pas en mesure d’intervenir. Au moindre problème, il ne lui reste qu’à se soumettre au bon vouloir de son installateur.

L’énergie ouverte et collaborative n’a pas pour vocation de remplacer cette offre pléthorique de solutions génératrices d’énergies renouvelables mais bien de combler un vide.

Elle apparaît comme une alternative Low Tech où l’utilisateur redevient acteur. Depuis l’apparition de l’électricité dans les foyers, la tendance a toujours été dans le même sens, c’est-à-dire vers une centralisation sans limite de la production. Ce mouvement a donc permis à la société de passer des générateurs de hameaux aux centrales régionales actuelles en augmentant toujours la puissance unitaire des installations. L’utilisateur de cette énergie s’est vu dépossédé de tout moyen de contrôle et d’action sur cette dernière. Que reste-t-il comme moyen d’action face à un interrupteur quand de toute façon on a besoin de cette énergie?

Nourri par les idées développées par Jeremy Rifkin (Jeremy Rifkin. La Troisième Révolution industrielle. Les liens qui libèrent éditions, 2012.), le concept de l’énergie ouverte et collaborative tend à relocaliser la production des ressources dont l’homme à besoin dans un contexte géoéconomique proche de lui, à son échelle. C’est dans une optique d’autonomisation et de responsabilisation de l’utilisateur que l’énergie ouverte et collaborative se développe. In fine, l’objectif est d’aller vers de l’autoproduction accompagnée (Daniel Cérézuelle, Guy Roustang, L’autoproduction accompagnée, Un levier de changement, Éditions érés, 2010.) où une communauté permet l’évolution d’une technologie tout en assurant une aide envers les utilisateurs.

Les besoins de chacun et surtout l’implantation des bâtiments varient du tout au tout et offrent une multitude de réponses possibles pour le développement des énergies renouvelables. Alors que nous entrons dans l’ère de la complémentarité (sources, usages, fonctions…), une réponse centralisée ne saura être aussi efficace que du cas par cas. Quoi de plus abordable qu’un cas par cas monté et entretenu par l’utilisateur lui-même.

Dans l’énergie ouverte et collaborative, le modèle du vendeur d’aspirateur n’a pas sa place.

L’utilisateur est au cœur du système. Il a le droit à ce que Victor Papanek (Victor Papanek. Design for the Real World: Human Ecology and Social Change, New York, Pantheon Books, 1971.) appelle le “Manifeste des droits du consommateur”, un ensemble de règles d’or auxquelles tout produit et donc tout concepteur devrait répondre :

1 – Le droit à la sécurité, d’être protégé contre les objets dangereux ou mal conçus

2 – Le droit à l’information, pour ne pas être manipulé par une fausse information ou l’absence d’information.

3 – Le droit aux services de base, des prix justes et des choix (si un monopole existe, une qualité minimum garanti à des prix raisonnables)

4 – Le droit à la représentation (d’être consultés et de participer aux décisions qui touchent les consommateurs)

5 – Le droit d’être entendu par le biais de canaux reconnus et avoir le droit à une compensation rapide et équitable

6 – Le droit à l’éducation des consommateurs du point de vue des utilisateurs eux-mêmes

7 – Le droit à un environnement sain et sécuritaire sur lequel l’objet n’a pas d’impact négatif.

L’élaboration d’un projet doit passer par un travail collaboratif permettant le transfert à la fois des technologies libres mais aussi des connaissances et des savoir-faire nécessaires à l’autonomisation de l’utilisateur. Les technologies mises en œuvre ne sont pas dans un système figé mais restent ouvertes pour que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice en améliorant l’ensemble selon les principes de l’OPEN SOURCE déjà bien implanté dans l’informatique comme le prouve le développement de LINUX.

Pourquoi “open source” 

L’approche ouverte peut paraître paradoxale dans nos sociétés occidentales basée sur le modèle capitaliste, où tout tend à être verrouillé,  mais elle a du sens. Le travail collaboratif se pose comme une alternative à ce modèle économique en puisant sa richesse non pas du nombre de pièces vendues mais de la manière dont la relation entre l’utilisateur, le fabricant et l’objet se construit. Face aux fortes disparités de richesses, l’approche ouverte propre à l’open source permet de niveler ces différences en augmentant les possibilités d’accès à une technologie grâce à l’apport de tous. Il y aura toujours des gens dont la situation permet un engagement total mais pour les autres, pourquoi ne pas réserver une petite portion de nos idées et de notre savoir faire pour le mieux-être de l’ensemble en s’inspirant des pratiques sociales rurales d’avant la révolution industrielle. Face aux besoins, les plus et les moins favorisés peuvent œuvrer pour le mieux être de l’ensemble selon leurs propres moyens d’actions. Par la libre circulation des idées, ce n’est pas une équipe isolée qui se penche sur un problème mais une véritable intelligence collective semblable au crowd-sourcing en informatique, cette communauté générant ainsi du bien commun. L’open source apporte cette puissance de développement nécessaire dans un contexte énergétique où la réponse sera obligatoirement complexe et modulaire.

L’énergie ouverte et collaborative est également un excellent moyen de sensibilisation du grand public aux problématiques de la nécessaire mutation énergétique en rendant visible les efforts de ceux qui s’y sont investi et en prouvant que le changement par la base est possible sans pour autant avoir de gros moyens. Plus les équipements d’autonomie énergétique seront visibles plus il sera possible de démontrer au plus grand nombre qu’ils peuvent agir à leur échelle.

Le projet « OPEN SOURCE ENERGY »

L’idée fondatrice du projet OPEN SOURCE ENERGY (OSE) réside dans la réappropriation de la production d’énergie au niveau de l’individu grâce à la transformation de son environnement quotidien en une multitude de sources potentielles et complémentaires de production d’énergie.

L’approche d’OSE est basée sur la constitution d’un ensemble de modules complémentaires et interchangeables permettant une parfaite adaptation des technologies à la réalité du terrain et aux besoins de l’utilisateur. La transparence dans leur construction permet de les réparer et de les adapter facilement grâce à la mise à disposition de l’utilisateur de toutes les données dont il a besoin pour qu’il s’approprie la technologie.

Né au cœur de l’ENSCI-les Ateliers le projet a su faire son chemin dans les sphères alternatives en s’étoffant des savoirs et des expériences de nombreux acteurs.

Un premier module de production a été réalisé à partir de pièces facilement disponibles dans un design simple et fonctionnel : L’ENERCAN. Ce module générateur, premier de sa lignée, a pour mission d’assurer la transformation de l’énergie mécanique issue d’activités humaines (musculaire) ou environnementales (éolien, hydraulique…) en une énergie électrique viable et adaptable. Présente sur des évènements des communautés Open-source et DIY, l’équipe d’OSE travaille à la diffusion de ses idées pour fédérer un nombre croissant de personnes motivées par la transition énergétique.

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Une démarche de veille technologique et sociologique a également été mise en place afin d’identifier les pistes à explorer. Le rapport au passé est très important dans le projet qui, grâce à l’approche de la veille, se nourrit d’idées et de solutions oubliées ou considérées comme obsolètes pour concevoir les machines. Les besoins de notre société change à grande vitesse et recoupent parfois ceux des générations précédentes. Récolter et analyser le fruit du travail des anciens permet de remettre au goût du jour des technologies de nouveau adaptées aux problématiques actuelles mais aussi de faire émerger des outils innovants, fruits de la recombinaison des solutions du passé avec les techniques d’aujourd’hui.

Les outils conçus dans le cadre du projet OSE sont étudiés pour êtres facilement reproductibles afin d’aider à leur diffusion. Réalisables avec un outillage simple, ils sont également conçus pour tirer un réel bénéfice des moyens de productions numériques comme les imprimantes 3D (RepRap), des outils de découpes numériques ou encore des modules programmables libres (Arduino).

L’objectif est maintenant de créer et d’entretenir des liens entre des partenaires académiques comme des écoles d’ingénieurs, des structures associatives comme les hackerspaces et les fablabs afin de permettre la diffusion du premier module Enercan et la naissance de  nombreux projets innovants à partir de celui-ci et tournés vers d’autre modules de production (hydraulique, moteur stirling…).

Pour en savoir plus :
http://opensourceenergy.wordpress.com/
http://opensourceenergycommunity.org/doku.php?id=start
https://trackofthepast.wordpress.com/

English version : http://www.ouishare.net/2012/09/open-source-energy-project/

Geoffroy Lévy – Catalyseur d’innovation et techno scout – “Quand le passé nous montre le chemin de l’avenir…”

Christopher Santerre – Designer post-industriel – ENSCI-Les-Ateliers

Regards croisés sur l’agriculture de demain : Vers une approche systémique globale des sols

L’agriculture d’aujourd’hui telle quelle est pratiquée à travers le globe est majoritairement basée sur l’apport de produits pétrochimiques. La philosophie de cette pratique est basée sur la suprématie de la science et la conviction que les problèmes de production rencontrés ne peuvent être contrés que par l’apport massif de substances extérieures. Des pesticides pour protéger la plante, des antibiotiques pour la soigner, des engrais pour la stimuler. Par cette voie, il n’existe plus aucun équilibre dans les écosystèmes présents. A cela s’ajoute une détérioration des sols et une diminution de la biodiversité qui par son action permet leur régénération. Ce modèle montre ses limites. L’importance des besoins en hydrocarbures et les rejets de gaz à effet de serre font peser une véritable épée de Damoclès sur ces modèles poussant même plus pessimistes à prédire un blocage généralisé de ce mode de production.

Alors que les terres s’épuisent, la question de notre avenir alimentaire devient préoccupante. Si le modèle actuel n’est plus viable, quelles sont les alternatives ?

Je vous propose de regarder de plus près deux modèles, un passé et un présent aux fondements bien différents des repères actuels.

Notre première étape nous emmène en Amérique du sud où une découverte surprenante sur les méthodes agricole de populations précolombiennes faite en Guyane française pourrait changer la donne.

En Amérique du Sud, le modèle existant inspiré des modèles américains et occidentaux requiert d’immenses surfaces pour garantir la production. Le constat est alarmant, chaque année des milliers d’hectares de forêt primaire disparaissent en fumée. Le besoin de terres fertiles et accessibles donne lieu à un véritable saccage d’écosystèmes nécessaires au niveau global. La culture sur brulis encore largement pratiquée aujourd’hui est considérée comme viable à cours terme. Quelques années après, les taux de rendement chutent en même temps que la richesse des sols et il est de nouveau nécessaire d’avancer plus au cœur de la forêt pour trouver des sols riches qui seront à leur tour appauvris.

Une note du CNRS du 12 avril 2012 montre en quoi cette découverte pourrait permettre une révolution agricole en Amérique du sud.

« En analysant, sur une période couvrant plus de 2 000 ans, les archives de pollens, de charbon et d’autres restes végétaux, cette équipe internationale a pour la première fois écrit en détail l’histoire de l’utilisation des terres dans les savanes amazoniennes de la Guyane française. Ces travaux nous donnent une perspective unique sur ces terres avant et après l’arrivée en Amérique des premiers Européens en 1492. Ils montrent que les anciens habitants de ces savanes amazoniennes pratiquaient l’agriculture sur champs surélevés, qui impliquait la construction de petites buttes agricoles avec des ustensiles en bois. Cette technique permettait d’améliorer le drainage, l’aération du sol et la rétention d’eau. Une combinaison idéale pour un milieu connaissant, à différents moments de l’année, la sécheresse et l’inondation. Les champs surélevés bénéficiaient aussi de l’augmentation de la fertilité par la matière organique partiellement décomposée, retirée en permanence du bassin inondé et déposée sur les buttes. Les agriculteurs limitaient les feux pour mieux conserver la matière organique, les nutriments et la structure du sol. Contrairement à ce qui a été supposé pendant longtemps, les peuples indigènes n’utilisaient donc pas le feu comme moyen de maintenir les savanes ouvertes et de gérer leurs terres agricoles. Cette étude souligne au contraire que c’est avec l’arrivée des premiers Européens que la région a connu une augmentation brusque de l’incidence des feux. L’agriculture sur champs surélevés, très coûteuse en temps de travail, a été perdue quand 95 % de la population indigène a été anéantie par des maladies venues du Vieux Continent. » in Les fermiers précolombiens cultivaient la savane amazonienne sans la brûler (http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/doyle_mckey_stephen_rostain.htm). Reference: Fire-free land use in pre-1492 Amazonian savannas, Proceedings of the National Academy of Sciences, José Iriarte, Mitchell J. Power, Stephen Rostain, Francis E. Mayle, Huw Jones, Jennifer Watling, Bronwen S. Whitney & Doyle B. McKey.

La solution mise au jour nous montre une conception bien différente de notre repère actuel.  La croissance de la plante est intégrée à un système local réfléchi qui s’inscrit dans une pensée globale. L’aménagement de ces surfaces en terrasses permet de mutualiser les moyens mis en œuvre pour répondre aux besoins spécifiques propres à l’implantation des champs. Les besoins des plantes ne sont pas assouvis par apports extérieurs mais par extraction des nutriments à l’intérieur du système.

Cette découverte n’est pas sans rappeler un autre modèle de production bien plus récent : la permaculture.

Créée dans les années 1970, par deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, qui rêvaient de développer des systèmes agricoles stables, cette approche, à l’opposé des méthodes agricoles pétrochimiques, est basée sur l’observation des interactions existantes dans la nature. Elle fut rendue publique en 1978 avec la parution du livre Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.

Le terme permaculture est à l’origine la contraction « d’agriculture permanente » mais a été élargie tous les aspects de la vie sociale tant les aspects sociaux sont apparus comme faisant partie intégrante du système.

Le point commun : une approche de design global.

Alors que les modèles agricoles actuels tendent à répondre à un problème par l’apport de solutions extérieures sous la forme de machines et de produits chimiques. La permaculture tend à y répondre par le design. Nous ne parlons pas ici de la nouvelle table en résine ou du dernier gadget à la mode mais d’une prise de conscience globale des problèmes liés à l’agriculture. Le design dans son sens large et premier ne se résume pas à dessiner la forme d’un objet mais à permettre l’intégration de multiples facteurs dans un objet ou un système. C’est dans ce type de conception à l’échelle globale que ces modèles ont vu le jour. Les solutions viennent de l’intérieur  grâce à l’arrangement et à l’optimisation des installations.

C’est cette vision globale des installations et des plantations qui font la spécificité des deux modèles dont il est question dans cet article. Le design global permet un agencement optimisé des éléments constituant un ensemble de production sur toute la chaine. Chaque plante, chaque pierre et chaque mare a son utilité et sa place dans le processus de production. La richesse de ce modèle réside dans l’optimisation des interactions entre ces éléments et non grâce à des apports extérieurs. La connaissance des besoins et du fonctionnement des micro systèmes permet la réutilisation des déchets d’un autre micro système. La multiplication des espèces en cultures, organisées selon des zones hiérarchisées en fonction du travail demandé, permet une meilleur résilience tant sur le plan de la production que sur le plan économique. Les éléments extérieurs (mauvaise météo, fluctuation des prix du marché…) ont moins d’emprise sur le développement des installations.

Pour la permaculture actuelle, l’objectif est d’organiser au mieux un système « naturel » complexe qui par son fonctionnement permet un enrichissement des sols constant tout en faisant diminuer graduellement la charge de travail des exploitants. En laissant la nature travailler à sa place, l’agriculteur économise de l’énergie et de la sueur tout en garantissant un meilleur rendement. L’important travail de conception en amont est largement compensé par le gain de temps et d’énergie après quelques années de production.

 « D’ici à trois ans, la terre sera bien nourrie. Les insectes, les plantes et les légumes s’auto-entretiendront, explique Anaïs [une étudiante de 19 ans en BTS « gestion et protection de la nature »]. Les vers de terre laboureront la parcelle, il n’y aura plus besoin de passer le motoculteur. La bonne organisation des plants fera que l’on aura moins besoin d’arroser. L’objectif, c’est d’avoir le moins de travail à faire possible, tout en travaillant en harmonie avec la nature. » (http://www.jactiv.ouest-france.fr/job-formation/travailler/anais-developpe-permaculture-8774)

La permaculture est basée sur un ensemble de principes qui tendent à pérenniser le développement de ce modèle :

  • Comprendre le système mis en place dans sa globalité en effectuant des allers retours constants entre global et local.
  • Observer les interactions qui existent entre les différentes parties du système.
  • Réparer les systèmes défaillants par analogie et adaptation.
  • Apprendre des systèmes naturels existant pour aider à l’intégration sans dommages de l’homme.
  • Diffuser et aider le concept à se développer en incluant ceux qui y sont étrangers.

Une ferme modèle créée il y a plus de quarante ans par Sepp Holzer et sa femme, en Autriche, illustre parfaitement ce principe. Son approche globale est présentée dans le documentaire ci-dessous : Permaculture : un véritable développement durable

Encore une lubie de quelques écolos isolés !

Non, une réelle réflexion pour permettre une réappropriation de la production au niveau local en transformant chaque surface accessible en une unité de production.

L’observation du système agricole cubain actuel nous donne une idée des possibilités de développement de ce type d’agriculture à grande échelle. Conséquence directe du blocus des années 1980, Cuba a du prendre un virage serré pour passer du modèle agricole pétrochimique issu de la révolution verte à une alternative  durable, en l’occurrence, la permaculture.

The Power of Community. How Cuba Survived Peak Oil:

La mutation économique s’est accompagnée d’une période de disette et de restriction mais a abouti à un nouveau système plus durable que le modèle précédent. En quelques années seulement, un pays entier a réussi à changer profondément de modèle de production. Les grandes exploitations d’état ont été privatisées et découpées pour augmenter la productivité de chaque unité. Aujourd’hui 80% de la production agricole cubaine est par nécessité devenue « bio ». Le développement de la permaculture a également modifié le paysage social en recentrant les communautés à l’échelle locale en resserrant les liens entre les habitants. De nouveaux services ont alors vu le jour faisant des unités de production au sein des villes et des villages des points de rencontres et d’entraide. Les personnes malades peuvent par exemple bénéficier d’expertises médicales.

Le changement de modèle de production a également aidé à améliorer la santé globale de la population grâce à un surcroit d’activité physique et un régime alimentaire plus sain incluant plus de fruits et de légumes que de protéines animales.

Encore, faut-il de la terre ? Peut-être pas…

La permaculture, grâce à sa conception, est adaptable à des environnements différents. Les mécanismes naturels observés peuvent être organisés différemment afin de répondre au mieux aux spécificités de l’environnement local. Ainsi la ville, malgré le manque apparent d’espaces verts est en réalité une merveilleuse niche de développement des pratiques permacoles. C’est ce que montre le projet de « The Urban Farming Guys » qui a permis la mise en place d’un système permacole viable au cœur même d’un quartier pauvre d’une ville américaine. Au-delà de la production agricole, c’est vers un projet global d’aide aux populations défavorisées et vers l’amélioration de la qualité de vie qu’ils dirigent leur action. Résoudre les problèmes de la rue par la permaculture, un projet ambitieux qui suscite bien des réflexions.

Farming in the hood:

Conclusion :

La permaculture telle qu’elle a évolué depuis les années 1980 est devenue un outil de conception de sociétés humaines durables. Chaque élément de la vie des individus est étudié au travers du prisme du design pour organiser et intégrer au mieux les différents systèmes et sous-systèmes mis en relation (sociabilité, énergie, nourriture, transport, soins…). Pouvant être développée en ville comme à la campagne, la permaculture est un modèle agricole alternatif dont les essais connus nous montrent une voie possible pour assurer notre avenir alimentaire tout en préservant notre santé et celle de notre environnement.

 Pour en savoir plus :

http://www.permaculture.fr

http://permacultureprinciples.com/fr

Le retour de « l’énergie-cheval » / The return of the « horse energy « 

Un pas lent et assuré contraste avec les rires et les chants des enfants ravis de se déplacer au rythme du cheval. Encore une attraction touristique me direz-vous…Et bien peut être pas.

Le cheval, chassé de nos villes, il y a une cinquantaine d’années pour laisser la place aux chromes rutilants et aux moteurs ronronnants, se rapproche à nouveau des faubourgs. A l’image de Nayak, un cheval de trait (postier breton) utilisé par la municipalité de La Chapelle-Gaceline dans le Morbihan. Le maire a décidé et fait accepter l’idée que le cheval était plus adapté au transport des enfants de l’école à la cantine et à l’entretien des espaces verts dans les petites rues de sa ville que les véhicules à moteurs. Une anecdote, lubie d’un illuminé ? Les chiffres nous racontent une autre histoire. Aujourd’hui plus de 70 communes françaises utilisent un ou plusieurs chevaux dans la ville. Pour la sécurité ou l’entretien, la traction hippomobile rend bien des services : transport de personnes, ramassage des ordures, entretien des espaces verts… Une enquête Sofres-Haras Nationaux de 2003 montre que plus de 70% des personnes interrogées sont favorables à son retour en ville pour des missions de sécurité ou de services publiques.

Pourquoi le cheval ?

Plus contraignant qu’un véhicule à moteur et moins rapide, le cheval a pourtant un avantage de taille : c’est une énergie renouvelable et peu polluante. Se nourrissant de végétaux, silencieux et accessoirement lent, il est de nouveau en phase avec les critères de développement actuels dans des centres villes dévitalisés, où la mécanique est reine.

Et le crottin ? Une composante incontournable de la traction animale, les déjections des chevaux sont valorisables sans infrastructures lourdes. Aurore Dupuis, en charge de Nayak, plaisante à ce sujet : «Ça ne traîne pas. Les gens ramassent le crottin très vite. D’ailleurs, les fleurs n’ont jamais été si belles dans la commune» (Télégramme de Brest du 20 octobre 2010)

Les équidés sont surtout des créateurs de lien social et un vecteur pédagogique formidable. Les expériences de collectes de déchets ont montré que les éboueurs (ripeurs) étaient remarqués, salués et surtout respectés par la population, ne ressentant ainsi plus le poids oppressant d’être transparent. Rapidement acceptés, même par les plus sceptiques, le cheval délie les langues et favorise les rencontres. Dans beaucoup de projets, le cheval est aussi un vecteur d’insertion sociale. Étant remarquables, ils permettent très facilement de faire passer un message de développement durable et améliorent grandement l’image des municipalités l’ayant adopté.

A pieds ou en voiture, quelles différences ? Peu tolérants et habitués à des trafics rapides, les automobilistes doivent s’habituer à la présence des chevaux dans la ville. Porteurs de deux conceptions différentes du transport, la confrontation ne se fera pas sans heurs. Les policiers belges apprécient le rôle de régulation naturelle du trafic en ralentissant l’ensemble des flux. Aurore Dupuis, l’employée communale, souligne les sautes d’humeurs des conducteurs : «Certains conducteurs pestent quand même derrière nous, raconte Aurore. L’autre jour, un semi-remorque nous a doublés à toute allure. Il s’est rabattu en klaxonnant juste sous les naseaux de Nayak qui n’a pas bronché.» (Télégramme de Brest du 20 octobre 2010). Une éducation des deux cotés est plus que nécessaire pour permettre au cheval de revenir sereinement fouler les pavés de nos rues et de nos campagnes comme une alternative viable et sécuritaire.

Ressortir la charrette à foin du grand-père ?

Le retour du cheval comme force de travail en ville comme dans les champs ne pourra se faire sans un travail conséquent de conception de matériels adaptés aux nouveaux usages et surtout aux nouvelles normes.

Au-delà des usagers de la route, c’est un travail global de sensibilisation et d’éducation à l’animal qu’il faut mener sur plusieurs fronts afin que le développement de « l’énergie-cheval » passe de l’expérimental à la norme. Loin d’être cantonné à la ville, le retour du cheval et plus particulièrement du cheval de trait dans des activités économiques éloignées du loisir est cependant une tendance lourde et prometteuse.

 Nayak dans son service quotidien :

Image

http://percheron-international.blogspot.fr

ImageChristopher Santerre – 2011 (http://www.christophersanterre.org/portfolio/cheval-donneur)

A slow and assured pace contrasts with the laughter and songs from the children delighted to travel at the rhythm of the horse. Another attraction you might say … Well maybe not.

The horse, driven out of our cities, about fifty years ago, to make way for gleaming chrome and roaring engines, are back. Just like Nayak, a draft horse (Postier Breton) used by the municipality of La Chapelle-Gaceline in Brittany. The mayor decided that the horse was more suitable for transporting children from school to the restaurant and for maintenance of green spaces in the streets of his city than motor vehicles. An anecdote, a lonely vision? Statistics tell a different story. Today more than 70 municipalities in France use one or more horses in the city. For safety or maintenance, draft horses are really useful: passenger transportation, garbage collection, and green spaces maintenance … A 2003 Sofres-Haras Nationaux survey shows that over 70% of respondents favored the return of the horse in town for security missions or public services.

Why the horse?
More restrictive than a motor vehicle and slower, yet the horse has one advantage: it is a renewable and low emissions energy. Feeding on plants, silent and incidentally slow, it is again in line with the today’s development criteria in devitalized existing town centers, where the motors rule.

What about manure and pollution? As an essential component of animal traction, the droppings of horses are recoverable without heavy infrastructure. Aurore Dupuis, responsible for Nayak, jokes about it: « It does not stay. People pick up the droppings quickly. Moreover, the flowers have never been so beautiful in the municipality « (Télégramme de Brest on 20 October 2010)

Equidates are mainly creators of social ties and a great educational vector. The experiences of waste collections have shown that scavengers are noticed, praised and moreover respected by the people. They do not feel the oppressive weight of being transparent anymore. Quickly accepted, even by the most skeptical, the horse loosens tongues and promotes meetings. In many projects, the horse is also a vector of social integration. Being remarkable, they can easily convey a message of sustainable development and greatly enhance the image of municipalities.

On foot or by car, what are the differences? Less tolerant and accustomed to fast traffic, motorists should get used to the presence of horses in the city. As it carries two different concepts of transportation, the confrontation will not happen without difficulties. The Belgian police appreciate its role of natural regulation of traffic by slowing the flows. Aurore Dupuis, municipal employee, describes the behavior of the drivers: « Some drivers still ranting behind us, says Dawn. The other day, a semi-trailer has doubled in speed. He drove back in the lane, honking just in front of the nose of Nayak who did not flinch. « (Télégramme de Brest on 20 October 2010). Education on both sides is more than necessary to allow the horse to calmly return in our streets and countryside as a viable and safe solution.

Shafting Grandpa’s wagon?
The return of the horse as a labor force in cities and in fields cannot be achieved without significant work to design adapted equipment to new uses and especially to new standards.

Beyond the road users, there is a need of a global education on many fronts to enable the development of « horse energy » from an experimental state to common use. Far from being confined to the city, the return of the horse and especially the draft-horse in commercial activities, far from leisure activities, is a promising trend.

Il était une fois… les technologies du passé vues par des enfants !

Voici une étonnante expérience pour ces enfants de l’ère numérique qui rencontrent pour la première fois des technologies anciennes…enfin pas tant que ça puisque la plus ancienne n’a que 30 ans.  Une disquette de 3,5 pouces devient un appareil photo, une cartouche de jeu-vidéo ressemble à un jeu de cartes et un disque vinyle est évidemment un vieux CD.

Une étonnante mise en perspective des repères des plus de 20 ans, dans une société où une nouveauté en chasse une autre. Ce face à face nous amène à nous poser la question de la transmission des savoirs d’une génération à une autre.