Des techniques du bronze ancien à l’imprimante 3D – quelles connections ?

Un archéologue dans un coin sombre faisant des manipulations d’un autre âge pour un reportage soporifique ? Creusez un peu plus au fonds des choses. Vous y verrez une véritable approche globale dans la résolution des contraintes tout au long de la chaîne opératoire.

Chaque matériau et chaque technique, reproduits à partir des résultats des études archéologiques, ont été affinés tout au long de la période étudiée. Sans sonde de température, de matériel de calibrage ou encore d’outils numériques, « le fondeur » dispose d’un ensemble de données issues directement de ses propres sens.  Le son et la couleur sont ses principaux repères. Sa maîtrise du geste et surtout la compréhension de la matière et de ses transformations permettent d’atteindre des précisions de reproduction de l’ordre du 10e de millimètre.

La simplicité des moyens utilisés sont à l’opposé des techniques métallurgiques d’aujourd’hui et pourtant tout y est…

A l’heure du Do-It-Yourself, imaginez ce que donnerait le couplage de ces techniques avec l’impression 3D de masters en cire. Le prototypage métallique enfin accessible !

Cette technique a déjà été explorée pour l’aluminium comme le montre cet exemple de recombinaison technique du moulage au sable avec l’impression 3D.

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Ne croyez cependant pas que le travail du bronze soit aussi simple qu’il n’y parait. Seule la connaissance approfondie des gestes et de la matière doublée d’une longue pratique permet d’atteindre la maitrise de ces techniques.

Alors si vous voulez vous lancer, rapprochez-vous des archéologues !

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Regards croisés sur l’agriculture de demain : Vers une approche systémique globale des sols

L’agriculture d’aujourd’hui telle quelle est pratiquée à travers le globe est majoritairement basée sur l’apport de produits pétrochimiques. La philosophie de cette pratique est basée sur la suprématie de la science et la conviction que les problèmes de production rencontrés ne peuvent être contrés que par l’apport massif de substances extérieures. Des pesticides pour protéger la plante, des antibiotiques pour la soigner, des engrais pour la stimuler. Par cette voie, il n’existe plus aucun équilibre dans les écosystèmes présents. A cela s’ajoute une détérioration des sols et une diminution de la biodiversité qui par son action permet leur régénération. Ce modèle montre ses limites. L’importance des besoins en hydrocarbures et les rejets de gaz à effet de serre font peser une véritable épée de Damoclès sur ces modèles poussant même plus pessimistes à prédire un blocage généralisé de ce mode de production.

Alors que les terres s’épuisent, la question de notre avenir alimentaire devient préoccupante. Si le modèle actuel n’est plus viable, quelles sont les alternatives ?

Je vous propose de regarder de plus près deux modèles, un passé et un présent aux fondements bien différents des repères actuels.

Notre première étape nous emmène en Amérique du sud où une découverte surprenante sur les méthodes agricole de populations précolombiennes faite en Guyane française pourrait changer la donne.

En Amérique du Sud, le modèle existant inspiré des modèles américains et occidentaux requiert d’immenses surfaces pour garantir la production. Le constat est alarmant, chaque année des milliers d’hectares de forêt primaire disparaissent en fumée. Le besoin de terres fertiles et accessibles donne lieu à un véritable saccage d’écosystèmes nécessaires au niveau global. La culture sur brulis encore largement pratiquée aujourd’hui est considérée comme viable à cours terme. Quelques années après, les taux de rendement chutent en même temps que la richesse des sols et il est de nouveau nécessaire d’avancer plus au cœur de la forêt pour trouver des sols riches qui seront à leur tour appauvris.

Une note du CNRS du 12 avril 2012 montre en quoi cette découverte pourrait permettre une révolution agricole en Amérique du sud.

« En analysant, sur une période couvrant plus de 2 000 ans, les archives de pollens, de charbon et d’autres restes végétaux, cette équipe internationale a pour la première fois écrit en détail l’histoire de l’utilisation des terres dans les savanes amazoniennes de la Guyane française. Ces travaux nous donnent une perspective unique sur ces terres avant et après l’arrivée en Amérique des premiers Européens en 1492. Ils montrent que les anciens habitants de ces savanes amazoniennes pratiquaient l’agriculture sur champs surélevés, qui impliquait la construction de petites buttes agricoles avec des ustensiles en bois. Cette technique permettait d’améliorer le drainage, l’aération du sol et la rétention d’eau. Une combinaison idéale pour un milieu connaissant, à différents moments de l’année, la sécheresse et l’inondation. Les champs surélevés bénéficiaient aussi de l’augmentation de la fertilité par la matière organique partiellement décomposée, retirée en permanence du bassin inondé et déposée sur les buttes. Les agriculteurs limitaient les feux pour mieux conserver la matière organique, les nutriments et la structure du sol. Contrairement à ce qui a été supposé pendant longtemps, les peuples indigènes n’utilisaient donc pas le feu comme moyen de maintenir les savanes ouvertes et de gérer leurs terres agricoles. Cette étude souligne au contraire que c’est avec l’arrivée des premiers Européens que la région a connu une augmentation brusque de l’incidence des feux. L’agriculture sur champs surélevés, très coûteuse en temps de travail, a été perdue quand 95 % de la population indigène a été anéantie par des maladies venues du Vieux Continent. » in Les fermiers précolombiens cultivaient la savane amazonienne sans la brûler (http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/doyle_mckey_stephen_rostain.htm). Reference: Fire-free land use in pre-1492 Amazonian savannas, Proceedings of the National Academy of Sciences, José Iriarte, Mitchell J. Power, Stephen Rostain, Francis E. Mayle, Huw Jones, Jennifer Watling, Bronwen S. Whitney & Doyle B. McKey.

La solution mise au jour nous montre une conception bien différente de notre repère actuel.  La croissance de la plante est intégrée à un système local réfléchi qui s’inscrit dans une pensée globale. L’aménagement de ces surfaces en terrasses permet de mutualiser les moyens mis en œuvre pour répondre aux besoins spécifiques propres à l’implantation des champs. Les besoins des plantes ne sont pas assouvis par apports extérieurs mais par extraction des nutriments à l’intérieur du système.

Cette découverte n’est pas sans rappeler un autre modèle de production bien plus récent : la permaculture.

Créée dans les années 1970, par deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, qui rêvaient de développer des systèmes agricoles stables, cette approche, à l’opposé des méthodes agricoles pétrochimiques, est basée sur l’observation des interactions existantes dans la nature. Elle fut rendue publique en 1978 avec la parution du livre Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.

Le terme permaculture est à l’origine la contraction « d’agriculture permanente » mais a été élargie tous les aspects de la vie sociale tant les aspects sociaux sont apparus comme faisant partie intégrante du système.

Le point commun : une approche de design global.

Alors que les modèles agricoles actuels tendent à répondre à un problème par l’apport de solutions extérieures sous la forme de machines et de produits chimiques. La permaculture tend à y répondre par le design. Nous ne parlons pas ici de la nouvelle table en résine ou du dernier gadget à la mode mais d’une prise de conscience globale des problèmes liés à l’agriculture. Le design dans son sens large et premier ne se résume pas à dessiner la forme d’un objet mais à permettre l’intégration de multiples facteurs dans un objet ou un système. C’est dans ce type de conception à l’échelle globale que ces modèles ont vu le jour. Les solutions viennent de l’intérieur  grâce à l’arrangement et à l’optimisation des installations.

C’est cette vision globale des installations et des plantations qui font la spécificité des deux modèles dont il est question dans cet article. Le design global permet un agencement optimisé des éléments constituant un ensemble de production sur toute la chaine. Chaque plante, chaque pierre et chaque mare a son utilité et sa place dans le processus de production. La richesse de ce modèle réside dans l’optimisation des interactions entre ces éléments et non grâce à des apports extérieurs. La connaissance des besoins et du fonctionnement des micro systèmes permet la réutilisation des déchets d’un autre micro système. La multiplication des espèces en cultures, organisées selon des zones hiérarchisées en fonction du travail demandé, permet une meilleur résilience tant sur le plan de la production que sur le plan économique. Les éléments extérieurs (mauvaise météo, fluctuation des prix du marché…) ont moins d’emprise sur le développement des installations.

Pour la permaculture actuelle, l’objectif est d’organiser au mieux un système « naturel » complexe qui par son fonctionnement permet un enrichissement des sols constant tout en faisant diminuer graduellement la charge de travail des exploitants. En laissant la nature travailler à sa place, l’agriculteur économise de l’énergie et de la sueur tout en garantissant un meilleur rendement. L’important travail de conception en amont est largement compensé par le gain de temps et d’énergie après quelques années de production.

 « D’ici à trois ans, la terre sera bien nourrie. Les insectes, les plantes et les légumes s’auto-entretiendront, explique Anaïs [une étudiante de 19 ans en BTS « gestion et protection de la nature »]. Les vers de terre laboureront la parcelle, il n’y aura plus besoin de passer le motoculteur. La bonne organisation des plants fera que l’on aura moins besoin d’arroser. L’objectif, c’est d’avoir le moins de travail à faire possible, tout en travaillant en harmonie avec la nature. » (http://www.jactiv.ouest-france.fr/job-formation/travailler/anais-developpe-permaculture-8774)

La permaculture est basée sur un ensemble de principes qui tendent à pérenniser le développement de ce modèle :

  • Comprendre le système mis en place dans sa globalité en effectuant des allers retours constants entre global et local.
  • Observer les interactions qui existent entre les différentes parties du système.
  • Réparer les systèmes défaillants par analogie et adaptation.
  • Apprendre des systèmes naturels existant pour aider à l’intégration sans dommages de l’homme.
  • Diffuser et aider le concept à se développer en incluant ceux qui y sont étrangers.

Une ferme modèle créée il y a plus de quarante ans par Sepp Holzer et sa femme, en Autriche, illustre parfaitement ce principe. Son approche globale est présentée dans le documentaire ci-dessous : Permaculture : un véritable développement durable

Encore une lubie de quelques écolos isolés !

Non, une réelle réflexion pour permettre une réappropriation de la production au niveau local en transformant chaque surface accessible en une unité de production.

L’observation du système agricole cubain actuel nous donne une idée des possibilités de développement de ce type d’agriculture à grande échelle. Conséquence directe du blocus des années 1980, Cuba a du prendre un virage serré pour passer du modèle agricole pétrochimique issu de la révolution verte à une alternative  durable, en l’occurrence, la permaculture.

The Power of Community. How Cuba Survived Peak Oil:

La mutation économique s’est accompagnée d’une période de disette et de restriction mais a abouti à un nouveau système plus durable que le modèle précédent. En quelques années seulement, un pays entier a réussi à changer profondément de modèle de production. Les grandes exploitations d’état ont été privatisées et découpées pour augmenter la productivité de chaque unité. Aujourd’hui 80% de la production agricole cubaine est par nécessité devenue « bio ». Le développement de la permaculture a également modifié le paysage social en recentrant les communautés à l’échelle locale en resserrant les liens entre les habitants. De nouveaux services ont alors vu le jour faisant des unités de production au sein des villes et des villages des points de rencontres et d’entraide. Les personnes malades peuvent par exemple bénéficier d’expertises médicales.

Le changement de modèle de production a également aidé à améliorer la santé globale de la population grâce à un surcroit d’activité physique et un régime alimentaire plus sain incluant plus de fruits et de légumes que de protéines animales.

Encore, faut-il de la terre ? Peut-être pas…

La permaculture, grâce à sa conception, est adaptable à des environnements différents. Les mécanismes naturels observés peuvent être organisés différemment afin de répondre au mieux aux spécificités de l’environnement local. Ainsi la ville, malgré le manque apparent d’espaces verts est en réalité une merveilleuse niche de développement des pratiques permacoles. C’est ce que montre le projet de « The Urban Farming Guys » qui a permis la mise en place d’un système permacole viable au cœur même d’un quartier pauvre d’une ville américaine. Au-delà de la production agricole, c’est vers un projet global d’aide aux populations défavorisées et vers l’amélioration de la qualité de vie qu’ils dirigent leur action. Résoudre les problèmes de la rue par la permaculture, un projet ambitieux qui suscite bien des réflexions.

Farming in the hood:

Conclusion :

La permaculture telle qu’elle a évolué depuis les années 1980 est devenue un outil de conception de sociétés humaines durables. Chaque élément de la vie des individus est étudié au travers du prisme du design pour organiser et intégrer au mieux les différents systèmes et sous-systèmes mis en relation (sociabilité, énergie, nourriture, transport, soins…). Pouvant être développée en ville comme à la campagne, la permaculture est un modèle agricole alternatif dont les essais connus nous montrent une voie possible pour assurer notre avenir alimentaire tout en préservant notre santé et celle de notre environnement.

 Pour en savoir plus :

http://www.permaculture.fr

http://permacultureprinciples.com/fr

La force de la pluridisciplinarité ou comment faire de l’écologie rouge !

« Imaginons, par exemple, qu’un extra-terrestre débarque sur la Terre avec la capacité de voir les résidus d’une combustion dans les objets à l’entour et que le rouge marque sa présence. L’univers quotidien de notre société deviendrait alors un paysage à tonalité pourpre semblable à un ciel de crépuscule l’été. » Voici comment à partir de cette idée présentée dans les écrits du sociologue Alain Gras, un projet a pris forme.

Dans le cadre de l’évènement Les Ateliers du Quartier de la Création, à Nantes. Les animateurs de Kenolia ont amené les neuf participants du Workshop Démocratisation des savoirs à créer, dans un temps record de cinq heures, un projet de médiation scientifique, au cœur de la ville, sur les énergies renouvelables : On est dans le rouge ?

Avec cette équipe pluridisciplinaire (chercheur, historien, journaliste, animateur, architecte…), aidés par des méthodes inspirées du design, nous avons abouti à la création d’un outil de sensibilisation du public. L’idée que nous avons retenue a été de matérialiser la vision de cet extra-terrestre, directement dans l’espace quotidien des habitants, pour stigmatiser la part des énergies fossiles impliquées dans la création, le transport et l’usage des objets et des bâtiments. Le projet prévoit d’investir une ou deux rues en coloriant en rouge l’ensemble des bâtiments, du mobilier urbain et des objets qui s’y trouvent.

Cet électrochoc visuel a pour but d’éveiller les consciences et d’amener les Nantais à se rendre dans les ateliers d’échanges organisés dans toute la ville. En relation avec des conteurs, le public entrera dans le monde des énergies et en particulier celles qui sont renouvelables par le biais du rêve et d’histoires écrites en collaboration avec un collège d’experts de tous horizons. Un dialogue s’ouvrira ensuite avec quelques-uns de ces experts pour approfondir le sujet. Tout au long de l’évènement et au-delà, des outils numériques locaux et sur Internet permettront de relayer et d’approfondir l’information tout en multipliant les échanges.

Ce projet, présenté lors de la clôture de l’évènement a été récompensé par le prix du public. L’avenir nous dira si le projet sera réalisé ou non.

Cette expérience a montré à quel point le décloisonnement des réflexions, la diversité des disciplines et les apports du design font des méthodes collaboratives, un outil très puissant pour l’innovation, complémentaire avec les méthodes classiques.