Le dirigeable : un exemple probant d’une recombinaison technologique ?

Le dirigeable, phénix ou dodo ? Le titre énigmatique de l’ouvrage de Robert Lockerby (1981) pose le décor de la nouvelle vague de projets lancée à la fin des trente glorieuses. A partir des années 1970, les chocs pétroliers et les prises de consciences environnementales ont permis à une technologie de sortir de son sommeil : le ballon dirigeable.

Un dirigeable qu’est ce que c’est ?

C’est avant tout un ballon, c’est-à-dire une enveloppe contenant un mélange gazeux plus léger que l’air qui l’entoure. Par la différence de densité de ce mélange, le ballon s’élève mais reste, comme une bouée, condamné à voguer au gré des courants. L’ajout d’un moteur le rend dirigeable car il peut lutter contre le vent et choisir sa direction.

Le dirigeable est né à une époque où le ballon était le seul moyen de voler. Les moteurs encore trop lourds et peu puissants ne pouvaient prendre place que dans des engins plus légers que l’air.

Il est devenu performant grâce à une innovation qui engendra son déclin. Le moteur à explosion (combustion interne), malgré les performances prometteuses de la propulsion électrique à la fin du XIXe siècle, était le seul à pouvoir fournir, sur la durée, la puissance nécessaire à ces géants du ciel. D’abord utilisé sur des ballons, ce moteur a très vite évolué vers des conceptions plus compactes, le rendant ainsi idéal pour les véhicules terrestres, marins et surtout aériens de petite taille. Par le moteur à explosion, l’avion est devenu une réalité réduisant ainsi chaque jour la suprématie des plus légers que l’air.

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Dirigeable Clément-Bayard n° 1 dans l’Oise – Carte postale ancienne éditée par les éditions « étoile » – 1908-  domaine public – Wikimedia Commons.

Un double changement de société

La quasi disparition des dirigeables au lendemain de la seconde guerre mondiale est principalement l’aboutissement d’une lutte acharnée entamée quarante ans plutôt entre les plus lourds et les plus légers que l’air. Avec le pétrole, le monde est pleinement entré dans la société de la vitesse. Tout ce qui était puissant et rapide était plébiscité. Le dirigeable, lent par essence, ne correspondait plus aux exigences de son temps. Comment rivaliser, en traversant un océan à 120km/h, face à un avion capable d’accomplir le même trajet en deux fois moins de temps.

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« Appontage » d’un chasseur à bord du dirigeable rigide Akron  – US NAVY – 1932 – Wikimedia Commons.

Avec le développement de l’aviation commerciale, les plus lourds que l’air se sont imposés face au dirigeable, comme ils l’ont fait avec les grands paquebots transatlantiques. Les tout jeunes dirigeables n’ont pu résister à ce revers ; seuls quelques appareils de petite taille ont été produits à partir de modèles anciens pour répondre à des besoins d’endurance pas encore comblés par les avions et les hélicoptères.

Lors des chocs pétroliers des années 1970 et 1980, le modèle de la puissance, porté par une énergie abondante et peu chère, a été fortement ébranlé. Ces fissures ont engendré un regain d’intérêt pour les plus légers que l’air. De nombreux projets ont alors vu le jour. Les appareils actuellement en service sont directement issus des projets de cette époque.

Aujourd’hui, la crise énergétique majeure qui se profile et les critères environnementaux ont fait prendre à notre société une nouvelle voie dans laquelle le dirigeable a sa place comme moyen aérien complémentaire.

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Dirigeable souple, conçu dans les années 1980, au dessus de la Floride – 2010 – Wikimedia Commons.

Un avenir tout tracé ?

Donc, la question est réglée? Pas tout à fait. Les dirigeables disponibles sur le marché sont issus d’une ancienne génération et souffrent de nombreux problèmes hérités de leurs ancêtres. Les projets actuels sont prometteurs et visent à pallier ces tares en combinant le meilleur de la technologie passée avec les avancées d’aujourd’hui et de demain. Le dirigeable ne pourra se développer qu’une fois libérée de ces points noirs.

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Maquette de soufflerie du dirigeable de nouvelle génération MC500 – 2010 – www.dirisoft.fr

Les solutions pour adapter les avions à la nouvelle donne énergétique ne tarderont pas. C’est alors que se jouera véritablement l’avenir du dirigeable. S’il est prêt à défendre sa place et ses missions en prouvant ses performances alors, il prospérera. A l’inverse s’il ne supplante pas les plus lourds que l’air dans certaines missions spécifiques, comme la surveillance persistante ou le transport de charges indivisibles, il est probable qu’il ne reste qu’une curiosité.

Dodo ou phénix, la question donc reste ouverte. La recombinaison technique opérée avec le dirigeable a cependant montré sa viabilité mais son intégrabilité dans la société à venir est encore à prouver. Ultime soubresaut ou véritable décollage, l’avenir nous le dira.

Pour en savoir plus : http://dirisoft-aerall.e-corpus.org

Retrouvez cet article sur le Blog de Stéphane Gasser – La médiation technique : http://mediationtechnique.blogspot.fr

2 réflexions sur “Le dirigeable : un exemple probant d’une recombinaison technologique ?

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